SORTIR

Ce n’est pas une mince affaire pour moi, à certains moments de sortir de l’appartement. Tout simplement comme aujourd’hui et une fois cette semaine , je ne peux pas.

Ca commence ainsi:

1—Il est trop tard pour aller à A. ( La vérité est qu’il n’est pas tard du tout, je suis lève tôt et quand bien même je partirais à 11h, j’arrive au plus tard à 11H45 et vraiment j’ai le temps de m’y mettre)

2—Je me suis engouffrée sur le net et rien à faire….

3—Je me documente, disons utilement.

4— etc/ rien-sais pas/ pas de raison/ L’ennui. Bouh…

A chaque instant , je dois sortir, aller voir une expo, aller à la piscine. Et… Je ne décolle jamais. J’ai presque failli annuler ce soir le spectacle avec Jean, précédé du café avec Benoit.

Je me suis poussée à franchir la porte, R. m’a aussi poussée dans le dos et ….Hooooop ! C’était fait. J’étais dehors!!!!

J’ai marché jusqu’à Stalingrad … Pris le métro , ligne 5. Photographié le néon rouge du café: « Tout va mieux  »

Benoit.

Ca me fait plaisir de le voir. Ca faisait un moment. Il me raconte son tournage en Algérie, je lui parle des géants, il me raconte son fils, je lui parle d’Amiens…

Puis je file salle Boris Vian, à la Grande Halle. J’ai beaucoup aimé Cartel, ai la flemme d’en parler. Quel plaisir de voir Jean, particulièrement juste . Quand il a commencé à parler -on peut dire cela- dans les premiers spectacles où il ne dansait plus exclusivement, il  » appuyait » pourrait on dire… Hum/

Ce soir ( comme tant d’autres ) , je le vois impeccable, émouvant. J’ai les larmes aux yeux. Cyrille Atanassoff manque car il s’est pété le tendon d’Achille. Un jeune homme est là lui aussi, un jeune danseur classique. Et trois types qui pédalent… Jean Guizerix est une merveille. Je le déclare.!!!

A la sortie c »est Michael D. ( Zut je ne sais pas orthographier son nom et sur Googoo ils me proposent un hôtel à Dinard….)

Je regarde  les chaussures de ces deux étoiles. Hum. Et repense aux pieds de Merce Cunningham. Tout comme eux. Déformés, crispés, augmentés…

On s’embrasse. Il repart à moto à Poissy.

Et moi je décide de rentrer à pieds à la maison. Porte de Pantin/ Pigalle, passe devant « Aux arts et sciences réunis » , un restaurant pas cher en plus, que j’aime bien. Je longe le canal, passe sous le métro aérien.

Fin du marché de nuit. Des femmes sont encore là à vendre des boites de haricots, des Fjord, trois merdes . Des fringues trainent… Un type me propose des cigarettes Marlboro … Il commence à pleuvoir un peu…

Demain Marseille. Pour quoi faire? Rien.

Dietrich Fischer-Dieskau

Avec Winterreise… Avec Mankiewicz

C’est le jardin qui m’a apaisée. J’y suis rentrée comme ça ( en toute modestie) :

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Même si dans mon cas il n’y a aucune trace d’exotisme ou de plantes carnivores…

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J’ai eu l’impression d’une matière vivante, d’un espace vivant extrêmement doux et enveloppant. Bien plus beau dans son état d’abandon, que ce que je gardais comme souvenir.

Hier le brouillard s’est levé alors que nous brulions mes affaires petit à petit. Les dessins des beaux-arts, des pages et des pages, des feuilles et des feuilles d’efforts et de répétition. Parfois je souris car la sensation de cet acharnement et de cet échec me reviennent. Je revois la salle de dessin des beaux-arts et Mademoiselle Bouchez, âgée, petite, sa visière, ses clés. Qui fut-elle? Mystère. Autoritaire et encourageante. Comme j’ai rougi lors des premières présentations, quand la jambe dessinée était plus grande que tout et voulait sortir de la feuille. Bouffées de chaleur et de honte. Je souris à nouveau. Et mon exaspération à 15 ans d’avoir des modèles femmes nus et les hommes en sous -vêtements qui coupaient le corps en deux.

A vrai dire , je n’ai pas trop souffert de ces moments à l’intérieur de la maison. Son odeur désagréable certes, le peigne de mon père dans un étui de cuir que je porte à mes narines et qui sent cette lavande particulière.. Je le range dans le tiroir. Quoi d’autre? Des vêtements que j’avais déjà jetés. Tant mieux. Et ces immenses écailles de peinture sur les murs. C’est beau, c’est ce que je me dis. Je les touche . Elle sont vraiment des écailles animales . Rèches et cassantes, verdâtres.

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J’ai cherché sur les marches de l’escalier l’espèce de forme que je regardais et qui était pour moi un animal planqué là, répondant à un des motifs du tapis.

François m’a prêté son Canon 7D que j’expérimente là. C’est drôlement mieux que le caméra je crois , avec des objectifs que l’on peut changer. Je filme pas mal-je veux dire en quantité , et n’importe comment , à l’instinct. Dans un premier temps je me dis que je ne ferai rien et petit à petit je prends de la distancet ces espaces se transforment en scènes que je vois pour la première fois. Je dois à présent y retourner plusieurs jours pour affiner ces sensations. Puis il y aura l’évacuation des meubles. Puis le débarras . Enfin, les pièces vides.

Puis… La démolition est ce qui nous attend. J’en suis certaine.

Mais… Un sale moment à passer sans doute et à filmer. Et le jardin , ses générations de chats entérrés au fond, ses vestiges de pommiers, vignes, banc sous l’arbre… tout cela sera retourné comme une salade, mélangé brutalement…. Il y aura de la boue , des branches cassées, des pierres;

Ce sera hideux comme un chantier .

Spasfon+ un doliprane 1000 . Ouf… C’est passé.

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Oui, ce que je remarquais aussi lors des ces moments, c’est l’impression que la maison vous aspire… Et au croisement de votre image, ici et là, dans le couloir, dans la « grande salle  » et surtout dans la chambre des parents , la réelle constatation que c’est mon père qui apparait. C’est je dois dire assez désagréable. J’ai alors-c’est sans doute ridicule-l’impression d’avoir le visage plus rond, d’être plus âgée. Sais pas. Mais ensuite, de retour chez M. je me suis inspectée. Sensation qui ne m’a quittée depuis, de lourdeur physique. Et réalité au tennis de déplacement rapide, sauts, hop hop rien n’a changé.

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Hum… Faudra que je réfléchisse. Mot de J. qui est la première personne à analyser l’émission avec ES.

Demain Marseille!!!!!!!

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