SUITE SAINTS

JE N’ARRIVE PAS À METTRE D’IMAGE AH SI / Où est elle ??? DONC IL FAUT IMAGINER!

I Santi Cosma e Damiano e Santa Apollonia tela di Pomponio Amalteo (1533) nel duomo di San Vito al Tagliamento.San Sebastiano con San Rocco i Santi Cosma e Damiano e Santa Apollonia tela di Pomponio Amalteo (1533) nel duomo di San Vito al Tagliamento.

Ici c’est l’image qui correspondait aux mots du soir Pasolini

I Santi Cosma e Damiano e Santa Apollonia tela di Pomponio Amalteo (1533)

puis « panneau de la prédelle de la Pala di San Marco de Fra Angelico au Musée national San Marco, Florence« , et Maître du Retable Stettener et Schnaiter (attribué à) Miracle de la jambe noire Début du 16ème siècle Huile sur bois 119 x 77 cm Stuttgart Landesmuseum …

MEA CULPA, hier j’ai raconté des âneries et cette nuit l’histoire était claire. 
Saint Cosme et Sain Damien sont deux frères jumeaux !!!!!! . ET chirurgiens …Ils sauvent un patient en lui greffant une jambe de Maure.
« Le plus célèbre de leurs miracles est d’avoir réussi à greffer une jambe de Maure à la place d’une jambe nécrosée d’un patient. Ce miracle porte le nom de  Miracle de la jambe noire »Le pape Félix, aïeul de saint Grégoire, fit construire à Rome une magnifique église en l’honneur des saints Côme et Damien. En cette église se trouvait un serviteur des saints martyrs auquel un  chancre avait dévoré toute une jambe. Or, voilà que, pendant son sommeil, lui apparurent les saints Côme et Damien qui portaient avec eux des onguents et des instruments. L’un dit à l’autre : —« Où aurons-nous de quoi remplir la place où nous couperons la chair gâtée ? » Alors l’autre répondit : —« Dans le cimetière de saint Pierre-aux-Liens, se trouve un Ethiopien nouvellement enseveli; apporte de sa chair pour remplacer celle-ci. » Il s’en alla donc en toute hâte au cimetière et apporta la jambe du maure. Ils coupèrent ensuite celle du malade, lui mirent à la place la jambe du maure, oignirent la plaie avec soin; après quoi ils portèrent la jambe du malade au corps du maure. Comme cet homme en s’éveillant ne ressentait plus de douleur, il porta la main à sa jambe, et n’y trouva rien d’endommagé. Il prit donc une chandelle, et ne voyant aucune plaie sur la jambe, il pensait que ce n’était plus lui, mais que c’était un autre qui était à sa place. Enfin revenu à soi, il sauta tout joyeux hors du lit, et raconta à tout le monde ce qu’il avait vu en dormant et comment il avait été guéri. On envoya de suite au cimetière, et on trouva la jambe du maure coupée et celle de l’autre mise dans le tombeau.Légende dorée

Apres ça finit mal Voici leurs têtes ( qui m’a parlé de reliquaires ?)

Bon. Toujours les rêves menaçants, Amiens et le jardin, cacher je ne sais quoi. 3 livres. Lesquels? Ange Leccia… que vient il faire. Si menaçant. Heureusement que j’ai donné le paquet qu’il convoite à X. Me souviens pas. C’est vraiment désagréable. Se cacher, partir… Pénible

Les oiseaux font le matin un bruit d’enfer et ça me fait rire d’engager avec eux des sortes de conversation. Aujourd’hui, terminer la peinture Number 10 depuis le 18 Mars.

Pomponio Amalteo/ Pasolini

I Santi Cosma e Damiano e Santa Apollonia tela di Pomponio Amalteo (1533) nel duomo di San Vito al Tagliamento.San Sebastiano con San Rocco i Santi Cosma e Damiano e Santa Apollonia tela di Pomponio Amalteo (1533) nel duomo di San Vito al Tagliamento. J’ai vraiment des problèmes de reseau donc PLEASE envoyez moi des PDF réunissant vos images sinon ça rame à mort.


Si la Vieille Helene Delprat, chef d’atelier sans entrée ni sortie, avec ou sans deux F puis E , vous a déjà parlé de La Légende dorée ( qui, je le concède est un ouvrage assez C… )( ça commence par CH et ça finit par IANT), c’est pour que vous compreniez que le mec qui se gratte la jambe, ne le fait pas par hasard ( à mon avis )et qu’on le retrouvera plus tard ( je ne sais plus s’il est Cosme ou Damiano, mais ce qui est certain c’est que l’un des deux est noir est qu’à l’autre( celui que vous voyez  on coupera la jambe et qu’on lui greffera celle du noir . Haha !!! Pas mal non! Pour le moment Chut, il ne le sait pas encore. Bref…
Et pourquoi la Vieille Helene Delprat parle de ce peintre dont elle  n’avait jamais entendu parler.HEIN??? Eh bien c’est parce que le Jeune Pasolini, dans une lettre adressée à Roberto Longhi, ( Lettre au professeur ) lui demande s’il veut bien suivre son mémoire ( ça vous dit quelque chose ?)  sur Pomponio Amalteo. Tout cela pour vous envoyer Un PDF du chapitre des Ecrits sur la peinture qui est un beau livre. Aussi… Le chapitre : Extrait du scénario de LA RICOTTA , j’aime beaucoup. Ca commence comme ça: 
—Et PAN!—en Cut—face à nous, non plus en noir et blanc mais en couleurs, avec ses couleurs qui nous atteignent en pleine poitrine: Le COURONNEMENT D’EPINES DE PONTORMO.   Le fond vert pâle, comme l’eau d’un étang, les pans d’étoffe rouge sang qui flottent sur les flancs de taureau de la soldatesque blonde… etc… /////////////////////////////////////////////////////////

MOTS DU SOIR 35/ PASOLINI/ Ecrits sur la peinture/  Hier 19 Mars exactement j’ai recommencé à peindre.. Hier 19 Mars exactement j’ai recommencé à Peindre..

Pas de reseau pas d’image !!!!

Quelques film et un dahlia

Je n’en reviens pas de cette histoire du Dahlia noir. Je ne parle pas ici du film de De Palma que j’ai suivi avec un peu de difficulté, ni du livre de Ellroy ( lu ou pas, ne sais pas ) mais du documentaire qui est en bonus. Incroyable cette histoire. Los Angeles, années 50, un inspecteur, une affaire, un père. Le père est chirurgien, connait les personnalités de la ville car il est très réputé. Los Angeles. Il fait construire ( ou achète ) une maison à l’architecture insensée, un vrai décor pour un film hollywoodien bien sur. Il y a ce meurtre. Cette fille Elisabeth Short , assassinée, coupée en deux, vidée de son sang. On parle dans le documentaire des orgies du chirurgien, de sa passion pour Man Ray. De l’homme qui rit de Victor Hugo ( la bouche je crois est découpée jusqu’aux oreilles.) C’est Steve Hodel ancien de la police qui à les plus convaincantes interprétations: Ce serait son père, son propre père ( qui déjà a violé sa soeur enfant) qui serait l’assassin. Assassin du dahlia mais aussi d’autres filles avant qu’il ne disparaisse en Asie tranquillement juste avant son arrestation. Pour des raisons politiques évidentes ( implication de trop de personnalités de L.A et ailleurs ), l’affaire s’arrête là.Peut être le lien avec Man Ray est un peu tiré par les cheveux, l’esthétique du meurtre si on peut dire serait lié à des oeuvres du photographe. Moi quand j’ai vu les corps si on peut dire, j’ai immédiatement pensé à Etant donné. Dingue. Alors … Ah ben oui ils le disent dans Wiki-truth … je crois qu’il y a aussi une histoire de montre mais je ne sais plus raconter. Ellroy a rencontré le détective qui pense que la mère de l’écrivain a été également assassinée par son père. Bref. J’imagine ce que c’est que de passer sa vie à chercher encore et encore des indices prouvant la culpabilité de son propre père. Temps gris. Peinture chaque jour. Régularité. Radio. Pas d’atelier le Dimanche !!. Bouffé tout mon réseau. Les suicidés de Siménon, par flemme. Mais c’est agréable. Barthes / Journal de deuil. Bon: Chagrin. Proust. Mère. Petites phrases sur la page. Picorer des articles : la place de Sienne, on explique le pourquoi de sa situation, les 9, le Bon gouvernement, etc. Interessant de s’écarter des ordre mendiants Franciscains et Bénédictins, et du Duomo/ de l’êvêque. On dit aussi que tous les commerces de la place aujourd’hui sont la propriété de Russes je crois. Business. Lors de ma dernière visite j’ai été épouvantée , au sortir de la gare par l’enfilade d’escalators . Quelle horreur. Bon. Après Le dahlia noir, les Incorruptibles du même. C’est quelque chose Ness/ Al Capone.

Très beau « Le mot sur le bout de la langue » de Quignard . Ah oui j’ai regardé ( c’était dimanche » la mouche noire » qui est  le précurseur de la mouche de Cronenberg, en mode série B des années 50 avec en prime Vincent Price qui a presque besoin de se baisser pour passer les portes!!! Le visage caché par un voile noir, puis la  patte de la mouche ( cris ) sont assez ridicules dans le laboratoire en carton !!! Et la vraie mouche, dont la particularité est un point blanc et un patte blanche, prise dans une toile d’araignée. Elle a une petite voix et un petit visage humain, celui de l’inventeur , les atomes ne s’étant pas réorganisés comme c’était prévu. 
Hier j’ai mis cette phrase de Bertrand Lavier pour les étudiants:

Il y a deux méthodes de travail, celle de Raymond Hains par exemple qui consiste a être 24h/24h dans la création, ce qui est une excellente méthode, mais qui n’est pas la mienne et l’autre qui consiste à faire tout un tas d’autres choses; j’utilise souvent l’exemple de l’oiseau de proie à qui on bande les yeux et qui dès qu’on lui retire son bandage, fonce sur sa proie; j’ai tendance à croire que je travaille plutôt comme ça. Pendant que j’ai les yeux bandés je m’illusionne sur le fait que je ne travaille pas, alors que ce n’est pas vrai, je travaille à mon insu. Toutes les autres méthodes sont mauvaise, on est dans ces eaux tièdes, dans ce 12/20 qui est la plus mauvaise note.

Continué à travailler et à prendre des notes pour une éventuelle exposition sur la voix. Ca me plairait beaucoup. J’ai beaucoup d’idées. Ce matin coup de fil inattendu de Judith Magre. Voix incroyablement jeune. Drôle. Me dit sa haine des gens dans les musées. Me dit que sa rue est déserte et que tout le monde est parti. Elle est donc seule à applaudir à 2oh. Je lui dis que l’on croirait un dessin de Sempé !!!.Elle fait le tour du Luco le matin malgrésa détestation de la marche. Nager oh oui. Thé. Tiens le partage de connexion remarche

Censure

Mauvaise nuit! Rêve et rêve et même rêve :Ce spectacle pas prêt , ce texte pas su, ce téléphone dont je ne peux rien faire. Impression que le rêve d’aujourd’hui est le même que celui d’hier. Angoissant. Annuler oui, mais le numéro que l’on me donne ( c’est un prêtre en fauteuil roulant qui a le numéro ) est une succession de signes que l’homme à la soutane, me convertit par une suite d’opérations compliquées. Je crois que le bon docteur Freud ne s’ennuierait pas avec moi et me ferait même les séances gratos ).Je bois mon café en observant une photo de Maiakovski et Lili Brick. L’image est en noir et blanc. Le décor? Un étang ou une mare, des arbres, des reflets dans l’eau. Un peu d’herbe au premier plan puis elle et lui, eux sur la photo du haut, lui seul sur celle du bas. Elle en bas s’est évaporée.La censure est passée par là pour effacer la jeune femme au chapeau, grand manteau, mains croisées, pied gauche légèrement en arrière , sur sa pointe comme « on » le fait avec chichi. ( La dernière fois où j’ai vu cela, c’était du haut de ma chambre à La Villa M, ou j’étais revenue pour 2 jours. J’observais une séance photo ridicule: Deux japonais en mariés posant avec « chichi » devant un artiste metteur en scène !!! )Donc sur l’image , un homme et une femme. Lui pose la main sur le tronc d’un arbre , il porte un chapeau , il a une canne. Un grand manteau aussi et je crois que dans sa poche droite il a mis un livre. Il a un noeud papillon et une chemise blanche. Tous deux fixent l’objectif. Mayakovsky et Lili brick. Sur l’autre image, il est seul. c’est très étrange ces photos. Pourquoi a t’elle disparu?

Marcher/peindre

Ma flemme ces temps-ci à l’effort physique ( depuis la disparition de R. / On ne peut pas lutter sur tous les fronts quoi que. ) alors que je suis entourée de bois, j’ai décidé au moins pour quelques heures d’y mettre fin. Ne serai-ce que par respect pour ceux qui sont enfermés chez eux et qui en rêvent. Hop j’y vais. Sans réfléchir c’est comme cela qu’il faut faire. Une fois partie je pourrais ne plus m’arrêter. C’est un peu semblable pour la peinture dirais-je. Plutôt les petites routes désertes, que les chemins. Il pleut un peu. C’est bon. Je regarde deux lamas, mais à vrai dire c’est eux qui ont commencé ce dialogue. C’est moche un lama . Non? Je ne sais même pas, mais ça oscille entre l’autruche aux yeux de bimbo et je ne sais quoi d’autre. C’est un fâcheux croisement dirait-on. Une erreur. Ce qui est bon dans la marche, et il faut quelques km pour que cela arrive, c’est que la tête se vide complètement et que l’on n’est plus rien, plus personne. Juste un corps sensible au vent, à la vue d’un assez gros escargot là sur le muret, aux moutons dont un est noir comme dans les histoires.Au dessin d’une écorce, au chant d’un oiseau, un chien qui aboie au loin. Cette sensation de ne plus être là est délicieuse. Pour la peinture c’est la même chose ( à part les escargots et les oiseaux ) sauf que pour atteindre cet « état » , il faut plusieurs jours . Pas question donc et je l’ai dit 1000 fois d’inspiration, mais plutôt d’entrainement en quelque sort. Puis si les dieux sont favorables, on ne sait quel mystère opère , ( pas toujours) et c’est parti. Il s’agit d’un mouvement du corps, là encore qui étouffe toute pensée, enfin toute pensée que l’on pourrait écrire. Quese passe-t’il dans le cerveau ( l’escargot est remplacé par du noir, vert olive, paillettes ou autre ). Sais pas. Peindre, c’est s’asseoir, se lever tantôt ejecté par un ressort où comme si soudainement le siège était offensif, tantôt avec efforts et soupirs… Regarder. Peindre c’est surtout passer des heures à regarder, rien , où quelque chose en train de se faire. Puis soudainement c’est voir ce qui pourrait arriver. C’est le meilleur moment.

Fedora

je viens avec délices de regarder ce film et en fait puisque je suis sans télé et sans beaucoup de réseau ; voir quelque chose semble miraculeux; Vive la rareté!!!C’est trop bien La Cinetek. J’ai décidé de ne pas travailler cet après-midi et je ferais bien d’aller marcher ou de faire du vélo. Hier comme courrier j’ai envoyé le texte que Susan Sontag qui raconte sa rencontre à 16 ans avec Thomas Mann. Vais finir mon Siménon. J’ai commandé du bois parce que ça descend à toute allure. Temps grisou de retour. Grosse commande de peinture. Ce soir, MOTS DU SOIR 25 ( déjà ). Ghirri que A m’a envoyé.

Le jour d’après je tente de récapituler. De me souvenir. Fedora-comtesse, Corfou, une île et une autre île où se trouve la demeure où sont isolés les personnages: Fedora, sa fille, le père de Fedora, le chauffeur et la gouvernante . On pense aussi à Dragonwick ( la gouvernante dure et amoureuse du souvenir de la défunte, et zut ce personnage au visage partiellement caché par un voile )Fedora aux gants blancs pour cacher l’âge des mains. Mais qui l’eût cru, les mains sont, non pas plus vieilles mais plus jeunes !!! Fedora fille de Fedora, Fedora double de Fedora et amoureuse de Michael York qui dépose à la fin du film une rose sur le corps de F. Puis Christopher Lee qui fait une apparition dans le film au moment où il tourne la scène du bassin dans Lésa et le cygne. C’est drôle c’est cette confusion qui reste dans l’esprit et donc c’est réussi. Un peu du parfum des Yeux sans visage , ( les chiens, le visage, l’ile ce serait plutôt chez Zaroff … Je repense à ma petite Scoubidou, Edith qui me manque. Sa voix trainante, sa petite toux dont je n’osais lui parler, ses rires, sa singularité totale.Je revois Michel Fau à la cérémonie, et Leos Carax toujours discret caché dans un coin et de ce fait phare absolu: —Qui est ce type étrange? Ah ben oui c’est LC. En fait l’étrange m’emmerde. Je ne disais rien à Edith, mais je n’ai jamais aimé ( sans le connaitre personnellement ) Leos Carax le génie et sa petite légende. C’est sans doute méchant de ma part. Puis au rayon étrange, je n’aime plus Denis Lavant, toujours associé à une certaine bizarrerie. Pas plus maintenant que Jean Quentin Chatelain qui me saoule. Parfois tout cela ramène, flash arrière , à un vieux théâtre, ou chacun a ses  » manières « . Michel Fau a une vraie « étrangeté  » et musique de voix dont il ne joue pas.

Je regarde des chaises d’amphi de Jean Prouvé chez Piasa et me dis qu’on a dû mille fois s’assoir sur des Prouvé,( mal au cul dans des cinémas vieillots , et on était sur des mines d’or !!!!!), comme on a dû jeter des Auzou anatomiques en papier mâché. Je reviens au cinéma et à La Cinetek qui est formidable avec tous ces films que je peux voir en prévoyant un peu avant pour que cela charge. Après Fedora , j’ai regardé Lost Hightway. Très étrange, incroyable ( comme David Lynch ) .Je ne sais pas qui joue l’homme mystérieux, une sorte de Bela Lugosi anonyme. ( 1996 ). La route, le désert, les doubles, les videos, la musique de film, les meubles de l’appartement, les voitures, le révolver et son cliquètement génial, tête encastrée dans la table de verre du salon. Les chambres, la 26, le couloir vide et vert, la chambre double, au mur ? Nymphéa?

Oh non Cora Vaucaire sur France musique, ça me barbe.

Merdes atteintes au cerveau et délires… Covid-neurologique. Oh làlà… Coma.france info c’est vraiment le truc à ne pas écouter. Prochain film un Cukor

« Tu vois mon fils, ici le temps devient espace « / Parsifal

Philomène Wolf d’Actéon

Philomène Wolf d’Actéon!!! Ca c’est un nom!!. ( Ah zut Actéon est le nom d’une boite de commissaires priseurs ). Où ai je trouvé cela??? En cherchant quoi??? Cimabue? Oui et non, je ne cherchais rien sur Cimabue… Bref , ah oui je cherchais sur la planète un vieil ami allemand. Et je tombe sur ce nom qu’aucun romancier digne de ce nom n’oserait utiliser, de peur de se retrouver au rayon des « eau de rose » d’une feuille de chou locale:

1511 révolte des boules de neige ( radio )/ Carlo Ginzburg/ Micro histoire . Je disais donc…

Philomène Wolf d’Actéon apparut soudainement dans le soleil couchant, vision enflammée, rêve inconcevable. Son léger déshabillé , brume vespérale dans ce paysage, donnait l’impression d’un monde devenu flou… Hein , ça pourrait être genre ça !!!!Et je pense à l’apparition au cinéma de Zut me souvient pas mais je vois la scène. Grr. Soudain l’été dernier??? Oui avec l’apparition dans une sorte d’ascenseur de Katherine Hepburn. Trop beau d’ailleurs le jardin.

Je voulais écrire ce matin alors que j’attrapais ma tasse, que mes mains étaient particulièrement ridées et vieilles. Il en a toujours été ainsi. J’ai le souvenir-en 6eme- de JB qui m’avait dit:

T’as des mains de vieilles toi . Et j’avais pleuré. Cette histoire , je ne l’ai jamais oubliée

Mails de Felix. J’aime bien cet étudiant , et Ugo dont la grand-mère est morte cette nuit.

En fait je me souviens de cette histoire du Cimabue trouvé accroché au dessus de la cuisinière. Le Christ moqué.

Heu…

Je n’en peux plus d’entendre parler de ce virus/ Le pire c’est sur France Culture la lecture de lettre d’auditeurs. Lue par Augustin T si je ne me trompe, avec une voix gnan gnan et une musique de fond je crois. Les complots, les masques, les tests, les EPHAD, le déconfinement. Et on recommence. Bon j’ai plus envie de lire que de peindre, comme d’habitude.

Fatigant. Hier MOTS DU SOIR 21

Je n’aime d’ailleurs pas ce titre. Bref mais je n’avais jamais lu NB. Un livre était dans la bibliothèque. j’aime beaucoup.J’ai envie de regarder plein de films jamais vus. Mais pas assez de restau.( correction pour un fois judicieuse! un bon restau aussi et du réseau)

NICOLAS BOUVIER/ LE POISSON SCORPION/ chapitre XIII 

D’un plus petit que soi

Va voir la fourmi, paresseux, et inspire-toi de ses oeuvres Proverbes VI,6

Pour les exécutions fignolées, les besognes menées à chef, l’esprit de suite, les sobres massacres et les travaux de génie civil à côté desquels le Louvre est un simple pâté, prière ici de s’adresser aux insectes. Mon Ile mérite certes de reproches, mais une reine termite y peut atteindre 100 ans et mettre au monde 30 000 sujets par jour. Trouvez moi un Bourbon, ou un Grimaldi qui en ferait autant. Quant à l’action militante, au dévouement à la Cause, pas un de mes trotskistes ne pourrait s’aligner. Seule une longue fréquentation de ce petit monde quand je suis immobile sur ma chaise à m’expliquer avec la fièvre ou les souvenirs, me permet d’être aussi péremptoire.Malgré quelques morsures et tous les tracas que ces forcenés me valent, l’acharnement qui gouverne la moindre de leurs entreprises m’inspire une sorte de respect.Termes nocturnisTermes obscuricepsTermes taprobanisTermes monoceros dont les soldats ont en guise de têteune seringue à poison si volumineusequ’elle les fait titubercomme les ivrognes des poèmes TangTermes convulsionnaires dont les coloniessont en certaines occasions solennellesfrappées par la danse de Saint-GuyUtriusque Indiae calamitas summa vous êtes le plus ancien ornement de mon îleson orgueil est son plus grand souciEt vous autres lilliputienscouverts de corne et de chitinediner de têtes conçu par un Arcimboldo démenttueurs sans palabres ni gaspillagesans champ d’honneur ni fleur au fusildynasties emportées en une nuit de carnagepour je ne sais quel obscur projet collectifque puis-je encore apprendreà votre noire école?menus fourrageurs de viedans vos cathédrales d’argilene m’oubliez pasdans vos messes minusculesdans le champ inquiet des élytrespriez pour moi .De tous mes pensionnaires, le cancrelat est le plus inoffensif et le plus irritant. Le cancrelat est un vaurien. Il n’a aucune tenue dans ce monde ni dans l’autre. Plutôt qu’une créature, c’est un brouillon. Depuis le Pliocène il n’a rien fait pour s’améliorer. Ne parlons pas de sa couleur de tabac chiqué pour laquelle la nature ne s’était vraiment pas mise en frais .Mais ses évolutions erratiques, sans aucun projet décelable, ce port de casque subalterne et furtif, cette couardise au moment du trépas! Voilà pourtant longtemps que je ne les écrase plus à cause des fossoyeurs de toutes sortes, autrement dangereux que ces dépouilles m’amènent. J’en reconnais même quelques uns, parmi les plus sales et les plus négligés—un léger clopinement, une aile rongée—auxquels j’ai donné des sobriquets affectueux mais dérisoires.Leur étourderie, souvent mortell , me fait même sourire aujourd’hui. Leurs trajets sur ma table ou autour de ma chaise sont marqués par un affolement tel qu’il les fait parfois culbuter. D’un cancrelat sur le dos, autant dire qu’il est perdu et qu’il le sait. Il faut voir alors cet abdomen palpitant offert à la vigilance de tous les dards, pinces, mandibules, appétits qui mettent tant d’animation dans ce logis; le battement des pattes qui télégraphient de mélancoliques adieux, la panique convulsive des antennes alertées par le frôlement d’un rôdeur qui s’approche ou par le vol irrité de la guêpe Ichneumon qui cherche justement un garde-manger pour y pondre ses oeufs. Il y a plus de monde qu’on ne l’imagine dans cette chambre où je me sens pourtant  si seul et le cancrelat—Dieu soit loué— n’y compte pas que des amis .La vie des insectes ressemble en ceci à la nôtre: on a pas plus tôt fait  connaissance qu’il y a déjà un vainqueur et un vaincu.

OH!

La petite femelle mandarin, qui avait eu un bébé cette année, est morte.Ca fait deux oiseaux en peu de temps. Les oiseaux semblent-ils manifestent des signes inquiétants : Ebouriffés ils sont et mangent pas mal,( la perruche atrocement boulimique à la fin ) et volent de moins en moins et ferment les yeux et semblent dormir le bec dans l’aile. Avec le mâle à ses côtés presque tout le temps qui la bécote au sens propre du terme. Et elle sur la branche tout contre lui, fait des minuscules pas de côté , ce qui le force, lui à agir de même. Puis à s’envoler et revenir.

C’est drôle et interessant de regarder ces déplacements mystères, chants soudains et silences soudains. Que ressentent-ils à la disparition d’une compagne et d’une mère. Le soir père et fils n’étaient pas en très bons termes. Y a t’il une rivalité masculine possible  » en famille « . Coups de becs agressifs au fils quand il s’approche du nid nuptial. On regarderait àa pendant des heures. La cage est très grande.On s’assied et on se laisse emporter dans je ne sais quelles considérations semi-ornithologiques. En disant semi, je repense à nos rires avec R, lorsque la femme du boucher de G. nous disait que sa fille était semi-professionnelle en je ne sais quel art du mouvement. Et dans la biographie de Siménon, je lis qu’il parlait lui même de lui aux alentours de ses 30 ans en disant qu’il faisait de le semi-littérature !! Le temps passe trop vite. Lu ce matin de Dimanche un petit livre de Doeblin: Heu , sais plus le titre , l’empoisonnement? ‘ai la flemme de répondre aux étudiants, mais dois le faire aujourd’hui. Ciel doux, moins vif et lumineux qu’hier.

La coherence imbecile est le spectre des petits esprits .

Emerson

Notes/ Réponse à Jade étudiante

C’est beau ce texte. J’ignore « toute l’histoire «  mais je trouve que c’est satisfaisant comme ça. Des récits courts mi scientifiques mi invention. Comme des traités. Je crois que Pascal Quignard avait écrit des petits traités . BINGO

  Pascal Quignard— À la fin des années soixante-dix, le peintre Louis Cordesse,( je ne sais pas qui c’est et j’ai peur de regarder !!!) disparu depuis, et moi-même avions eu l’idée de faire paraître, dans un même espace typographique, lui des suites de petites gravures, dans l’esprit des gravures de Rembrandt, moi des suites de petits textes, dans l’esprit des suites baroques, comme en avaient composé Pierre Nicole et Saint-Évremond.( Oh il a un drôle de machin entre les deux yeux!!!🤣 ) Ce projet prévoyait huit tomes de gravures et huit de textes. Si la parution des suites de gravures a été interrompue dès le troisième tome, j’ai poursuivi l’expérience de mon côté.  Cette forme d’écriture m’a passionné : depuis très longtemps, j’éprouvais de la haine pour la dissertation classique, où la thèse et l’antithèse aboutissent forcément à la conciliation de la synthèse. Je trouve insupportable ce « happy-end » systématique de l’essai, voué à la conclusion fade et rassembleuse. 

Je préfère la tension baroque où, comme dans les suites de Bach, on choisit deux thèmes qui s’entrechoquent, que l’on fait danser en majeur ou en mineur sans qu’ils se réconcilient jamais dans la paix sinistre de la synthèse. Ces textes proposent donc des questions ouvertes, et aucune réponse. Rien n’est univoque, tout est divisé. Tout ce qui est déchirant demeure à l’état déchiré.

  Au fait, qu’est-ce qu’un « petit traité » ?

  Pascal Quignard— Les « petits traités » sont un genre inventé par Pierre Nicole, en opposition aux Pensées de Pascal, qu’il jugeait lâches et décousues. C’est un genre fragmentaire par lequel, sur un sujet, il venait faire s’opposer des positions différentes. Saint-Évremond a repris cette forme qui n’existe que dans la littérature française et qui hérite directement des Essais de Montaigne. C’est une façon de faire du Montaigne en plus brusque, intense, effervescent. J’ai été séduit par cette vieille forme abandonnée, qui me paraissait tout à la fois humble et moderne.

  Genre fragmentaire, soit, mais qui possède tout de même une signification d’ensemble…

  Pascal Quignard— Dans mon esprit, non. C’est une forme strictement individuelle par rapport au mythe collectif. Ce sont des rebuts inclassables par rapport au cours de l’Histoire, une forme qui recueille ce qui est oublié. Ce sont des petites choses à la frontière du monde – ce qu’un Romain comme Albucius appelait des sordidissimes, qu’un modeme comme Lacan appelait l’objet petit a. C’est ce que laisse tomber le discours ou la norme pour pouvoir être justement discours ou norme. C’est l’hospitalité pour le plus étranger. Albucius disait : « Il faut accueillir le mot latrines et le mot rhinocéros ». Plus modestement, disons que ces Petits traités sont les copeaux de ce qui m’intéresse.

  Justement, certains de vos thèmes favoris ou de vos préoccupations récurrentes traversent ces Petits traités – par exemple le silence…

  Pascal Quignard— Pour moi, le silence est plus qu’un thème. Enfant, de façon involontaire, je me suis arrêté dans le silence jusqu’au mutisme. Le silence définit le laissé-pour-compte du langage, son résidu. Quand le langage apparaît dans l’humanité, il porte une ombre qui est le silence. Il n’y a pas de silence sans langage. Et plutôt que porte-parole, je me sens porte-silence.

En passant j’adore les:

Pseudonymes utilisés par Pierre Nicole
  • Pierre Nicolle (1625-1695)
  • Guillaume Wendrock (1625-1695)
  • Barthélemy (1625-1695)
  • Chanteresme (1625-1695)
  • Chanteresne (1625-1695)
  • Damvillier (1625-1695)
  • Damvilliers (1625-1695)
  • Franciscus Profuturus (1625-1695)
  • Guillelmus Wendrockius (1625-1695) !!!!
  • Mombrigny (1625-1695)
  • Optatus theologus (1625-1695) !!!
  • Paulus Irenaeus (1625-1695)

Samedi! Vive le week-end :)

Je me disais que l‘Ile des morts était une oeuvre plus belle dans mon souvenir que dans la réalité et ouf une solution pour moi sur YouTube: »I hate my art » | What to do if you hate your own art? Grrr. Une réponse à tout: Google , médecin et devin.Quelle que soit la gestion que vous posez, tac , une réponse. Les Mots du soir d’hier:

Hola !!!!Ce soir Bouvard et Pécuchet.( Flaubert ) Alors là pour choisir c’est l’enfer car c’est une merveille. Barthes ( hier ) s’y est intéressé:
« Emblème de la modernité en littérature, le roman de Flaubert apparaît en même temps comme une encyclopédie critique des langages et un modèle expérimental d’écriture, qui constitue une pièce majeure pour Barthes dans sa réflexion sur sa propre écriture et sur la bêtise. »Mais aussi bien sûr 

F&W

Et misère de misère moi qui harcèle tout le monde avec les abécédaires, je re-découvre que dans son dictionnaire des idées reçues un abécédaire gigantesque/On y trouverait donc par ordre alphabétique, sur tous les sujets possibles, tout ce qu’il faut dire en société pour être un homme convenable et aimable.

ARTISTE. Sont tous désintéressés. LANGOUSTE. Femelle du homard. FRANCE. Veut un bras de fer pour être régie. ÉRECTION. Ne se dit qu’en parlant des monuments, etc. (Voir Dictionnaire des idées reçues, page 420.)

FLAUBERT:Je vais commencer un livre qui va m’occuper pendant plusieurs années…/…C’est l’histoire de ces deux bonshommes qui copient une espèce d’encyclopédie critique en farce. Vous devez en avoir une idée ! Pour cela il va me falloir étudier beaucoup de choses que j’ignore : la chimie, la médecine, l’agriculture. Je suis maintenant dans la médecine, mais il faut être fou et triplement frénétique pour entreprendre un pareil bouquin. » (Lettre à Mme Roger des Genettes, Correspondance, IV, p. 121.)
 Aimant, depuis l’enfance, à flétrir l’esprit bourgeois, à critiquer chez ses contemporains les idées sans art, les pensées stupides et niaises, Flaubert avait trouvé, dans Bouvard et Pécuchet, le sujet convenant le mieux à sa nature. Aveuglé par un désir inaltérable de raillerie, poussé par la haine de la bêtise humaine, le plan de son roman s’élargit démesurément, et c’est par morceaux que nous trouvons : feuillets, journaux, notes, prospectus, circulaires, formules administratives, annonces commerciales, enseignes, phrases informes, notes sur la chimie, la médecine, le jardinage, fragments de discours politiques, bourrés de lieux communs, de termes impropres, formant la prodigieuse documentation de Bouvard et Pécuchet.

ALLONS- Y

Alors le cœur de Pécuchet se gonfla d’aspirations désordonnées, et, quand la nuit était venue, Bouvard le surprenait à sa fenêtre contemplant ces espaces lumineux qui sont peuplés d’esprits. Swedenborg y a fait de grands voyages. Car, en moins d’un an, il a exploré Vénus, Mars, Saturne et vingt-trois fois Jupiter. De plus, il a vu à Londres Jésus- Christ, il a vu saint Paul, il a vu saint Jean, il a vu Moïse, et, en 1736, il a même vu le jugement dernier.

Aussi nous donne-t-il des descriptions du ciel. On y trouve des fleurs, des palais, des marchés et des églises, absolument comme chez nous. Les anges, hommes autrefois, couchent leurs pensées sur des feuillets, devisent des choses du ménage ou bien de matières spirituelles, et les emplois ecclésiastiques appartiennent à ceux qui, dans leur vie terrestre, ont cultivé l’Écriture sainte. Quant à l’enfer, il est plein d’une odeur nauséabonde, avec des cahutes, des tas d’immondices, des personnes mal habillées. Et Pécuchet s’abîmait l’intellect pour comprendre ce qu’il y a de beau dans ces révélations. Elles parurent à Bouvard le délire d’un imbécile. Tout cela dépasse les bornes de la nature ! Qui les connaît cependant ? Et ils se livrèrent aux réflexions suivantes : Des bateleurs peuvent illusionner une foule ; un homme ayant des passions violentes en remuera d’autres ; mais comment la seule volonté agirait-elle sur de la matière inerte ? Un Bavarois, dit-on, mûrit les raisins ; M. Gervais a ranimé un héliotrope ; un plus fort, à Toulouse, écarte les nuages. Faut-il admettre une substance intermédiaire entre le monde et nous ? L’od, un nouvel impondérable, une sorte d’électricité, n’est pas autre chose, peut-être ? Ses émissions expliquent la lueur que les magnétisés croient voir, les feux errants des cimetières, la forme des fantômes. Ces images ne seraient donc pas une illusion, et les dons extraordinaires des possédés, pareils à ceux des somnambules, auraient une cause physique ? Quelle qu’en soit l’origine, il y a une essence, un agent secret et universel. Si nous pouvions le tenir, on n’aurait pas besoin de la force, de la durée. Ce qui demande des siècles se développerait en une minute ; tout miracle serait praticable et l’univers à notre disposition. La magie provenait de cette convoitise éternelle de l’esprit humain. On a, sans doute, exagéré sa valeur, mais elle n’est pas un mensonge. Des Orientaux qui la connaissent exécutent des prodiges. Tous les voyageurs le déclarent, et, au Palais-Royal, M. Dupotet trouble avec son doigt l’aiguille aimantée. Comment devenir magicien ? Cette idée leur parut folle d’abord, mais elle revint, les tourmenta, et ils y cédèrent, tout en affectant d’en rire. Un régime préparatoire est indispensable. Afin de mieux s’exalter, ils vivaient la nuit, jeûnaient, et, voulant faire de Germaine un médium plus délicat, rationnèrent sa nourriture. Elle se dédommageait sur la boisson, et but tant d’eau-de-vie qu’elle acheva promptement de s’alcooliser. Leurs promenades dans le corridor la réveillaient. Elle confondait le bruit de leurs pas avec ses bourdonnements d’oreilles et les voix imaginaires qu’elle entendait sortir des murs. Un jour qu’elle avait mis, le matin, un carrelet dans la cave, elle eut peur en le voyant tout couvert de feu, se trouva désormais plus mal et finit par croire qu’ils lui avaient jeté un sort. Espérant gagner des visions, ils se comprimèrent la nuque réciproquement, ils se firent des sachets de belladone, enfin ils adoptèrent la boîte magique : une petite boîte d’où s’élève un champignon hérissé de clous et que l’on garde sur le cœur par le moyen d’un ruban attaché à la poitrine. Tout rata ; mais ils pouvaient employer le cercle de Dupotet. Pécuchet, avec du charbon, barbouilla sur le sol une rondelle noire afin d’y enclore les esprits animaux que devaient aider les esprits ambiants, et, heureux de dominer Bouvard, il lui dit d’un air pontifical :

— Je te défie de le franchir !

Bouvard considéra cette place ronde. Bientôt son cœur battit, ses yeux se troublaient.

— Ah ! finissons !

Et il sauta par-dessus pour fuir un malaise inexprimable.

Pécuchet, dont l’exaltation allait croissant, voulut faire apparaître un mort. Sous le Directoire, un homme, rue de l’Échiquier, montrait les victimes de la Terreur. Les exemples de revenants sont innombrables. Que ce soit une apparence, qu’importe ! il s’agit de la produire. Plus le défunt nous touche de près, mieux il accourt à notre appel ; mais il n’avait aucune relique de sa famille, ni bague, ni miniature, pas un cheveu, tandis que Bouvard était dans les conditions à évoquer son père ; et comme il témoignait de la répugnance, Pécuchet lui demanda :

— Que crains-tu ?

— Moi ? Oh ! rien du tout ! Fais ce que tu voudras !

Ils soudoyèrent Chamberlan, qui leur fournit en cachette une vieille tête de mort. Un couturier leur tailla deux houppelandes noires, avec un capuchon comme à la robe de moine. La voiture de Falaise leur apporta un long rouleau dans une enveloppe. Puis ils se mirent à l’œuvre, l’un curieux de l’exécuter, l’autre ayant peur d’y croire.

Le muséum était tendu comme un catafalque. Trois flambeaux brûlaient au bord de la table poussée contre le mur, sous le portrait du père Bouvard que dominait la tête de mort. Ils avaient même fourré une chandelle dans l’intérieur du crâne, et des rayons se projetaient par les deux orbites. Au milieu, sur une chaufferette, de l’encens fumait. Bouvard se tenait derrière ; et Pécuchet, lui tournant le dos, jetait dans l’âtre des poignées de soufre. Avant d’appeler un mort, il faut le consentement des démons. Or, ce jour-là était un vendredi, jour qui appartient à Béchet : on devait s’occuper de Béchet premièrement. Bouvard ayant salué de droite et de gauche, fléchi le menton et levé les bras, commença :

— Par Éthaniel, Anazin, Ischyros…

Il avait oublié le reste…/…

Qui est Agostino Scilla

Je n’en sais rien, mais ce que je connais c’est mon rêve de cette nuit. Bizarre comme Londres est récurrent. Le Londres qui n’est pas loin de la Place Clichy comme chacun sait. Le Londres où j’oublie toujours le nom de mon hôtel, ou je vais en taxi ( et là nous sommes à Rome devant je ne sais quel monument…. ) voir une exposition qui a lieu au théâtre Français ( on m’a donné des invitations je ne sais où, où je triais mes affaires dans des petits sacs de peur de les perdre ) Dans l’exposition une video montrant un visage qui bouge très lentement. En sortant, une dame émerge d’une flaque emportant à bout de bras une grande poupée; Je dis à une autre dame qui passe , habillée en noir qu’elle devrait regarder Baby Jane. Elle descend des marches, nous aussi. C’est un cinéma qui est là. Mais ilets abandonné, c’est plutôt une curiosité. Il y a une grande plaque de verre au milieu des marches . —Je l’ai vue , dis-je en Anglais . Je poursuis ma descente ( sans Dante ) dans cette sorte de cône. Me retourne. Il y a un bas relief d’homme allongé en céramique et en assiettes cassées comme les peintures des années 80 de Schnabel. En remontant je vois des fauteuil d’un théâtre à l’italienne. On sort . Je suis avec D. et J. qui elle veut parler peinture. J’habite avec elles dans un appartement.Je casse un coquetier. Je suis fatiguée. Je n’ai rien mangé depuis longtemps;De toutes façons je me sens mal ( et dans le rêve je retrouve les sensations éprouvées tout au début à la villa Medicis). Un taxi, je n’arrive pas à y monter il faut me pousser. Le chauffeur me montre des minuscules personnages ( genre Favier des débuts ).Je les achète qui le sac se renverse. On poursuit nos cercles, en traversant des appartements où des gens déjeunent. ON passe sur la pointe des pieds et les Anglais se trompent en disant fenêtre pour porte. A chaque personne que je croise, une catastrophe; cette dame qui me tient mon sac rose ( Deux dames au manteau rose, j’y repense se font des drôles de signes religieux ) , donc je confie mon sac et la dame part en furie, en fureur et se fait presque écraser car elle a foncé sur la route. Je récupère le sac enchanté et m’excuse. Elle ouvre une porte et disparait dans un escalier. Je ne mange pas. Je suis en face de Big Ben. J’ai pris le bus C. Et je vais vivre là, sans atelier, sans bien parler Anglais??? Je perds mes affaires, retrouve mon telephone, ne réussit pas à téléphoner à D. Sur son répondeur, en message d’accueil il y a un texte démesurément long et on ne peut pas parler. Miracle là voilà ici face à moi assise à une table en extérieur et elle fait des aquarelles roses. En face, on devine une rue avec des restaurants Japonais. On parle de R. qui m’a quittée et D . me dit qu’elle la vu à Fontainebleau. Je ne l’appellerai pas.
Ouf se réveiller . Je déteste ces rêves angoissants qui m’affectent réellement et je pense à perdre de la Ventoline …

Hier Les mots du soir 16/ Barthes 1973:

Avez-vous une méthode de travail ?
R.B Tout dépend du niveau où vous placez la réflexion sur le travail. S’il s’agit de vues méthodologiques, je n’en ai pas. S’il s’agit en revanche de pratiques de travail, il est bien évident que j’en ai. Et là, votre question m’intéresse dans la mesure où une sorte de censure considère justement ce sujet comme tabou sous prétexte qu’il serait futile pour un écrivain ou un intellectuel de parler de son écriture, de son « timing » ou de sa table de travail.

Lorsque beaucoup de gens s’accordent pour juger un problème sans importance, c’est généralement qu’il en a. L’insignifiance, c’est le lieu de la vraie signifiance. Il ne faut jamais l’oublier. Voilà pourquoi il me paraît fondamental d’interroger un écrivain sur sa pratique de travail. Et cela, en se plaçant au niveau le plus matériel, je dirais même minimal, possible. C’est faire un acte antimythologique : contribuer à renverser ce vieux mythe qui continue à présenter le langage comme l’instrument d’une pensée, d’une intériorité, d’une passion, ou que sais-je, et l’écriture, en conséquence, comme une simple pratique instrumentale.
Comme toujours l’Histoire nous indique bien, d’ailleurs, la voie à suivre pour comprendre que des actes très laïcisés et futilisés chez nous, comme l’écriture, sont en réalité lourdement chargés de sens. Lorsque l’on replace celle-ci dans le contexte historique, voire même anthropologique, on s’aperçoit qu’elle s’est longtemps entourée de tout un cérémonial. 

Dans l’ancienne société chinoise, on se préparait à écrire, c’est-à-dire à manier le pinceau, au terme d’une ascèse quasi religieuse. 

Dans certaines abbayes chrétiennes du Moyen Age, les copistes ne se livraient à leur travail qu’après un jour de méditation.


Personnellement, j’appelle l’ensemble de ces « règles », au sens monastique du terme, qui prédéterminent l’œuvre (il importe de distinguer les différentes coordonnées : temps de travail, espace de travail et geste même de l’écriture) des  » protocoles  » de travail. L’étymologie est claire : cela veut dire la première feuille que l’on colle avant de commencer.

Est-ce à dire que votre propre travail s’inscrit dans un cérémonial ?

R.B. : D’une certaine manière, oui. Prenons le geste de l’écriture. Je dirai, par exemple, que j’ai un rapport presque maniaque avec les instruments graphiques. J’en change assez souvent, pour le simple plaisir. J’en essaie de nouveaux. J’ai d’ailleurs beaucoup trop de stylos. Je ne sais même plus qu’en faire. Pourtant, dès que j’en vois, ils me font envie. Je ne puis m’empêcher de les acheter.
Lorsque les pointes feutres sont apparues sur le marché, je les ai beaucoup aimées. (Le fait qu’elles fussent d’origine japonaise n’était pas, je l’avoue, pour me déplaire.) Depuis, je m’en suis lassé parce qu’elles ont le défaut d’épaissir un peu trop vite. J’ai également utilisé la plume : pas la sergent-major qui est trop sèche, mais des plumes plus molles comme la  » J « . Bref, j’ai tout essayé… sauf la pointe bic, avec laquelle je ne me sens décidément aucune affinité. 

Je dirais même, un peu méchamment, qu’il existe un « style bic » qui est vraiment de la « pisse copie », une écriture purement transcriptive de pensée.
En définitive, j’en reviens toujours aux bons stylos à encre. L’essentiel, c’est qu’ils puissent me procurer cette écriture douce à laquelle je tiens absolument.

Attachez-vous également de l’importance au lieu de travail ?

R.B. : Je suis incapable de travailler dans une chambre d’hôtel. Ce n’est pas l’hôtel en soi qui me gêne. Il ne s’agit pas d’une question d’ambiance ou de décor, mais d’organisation de l’espace. (Ce n’est pas pour rien que je suis structuraliste, ou que l’on m’attribue ce qualificatif !)
Pour que je puisse fonctionner, il faut que je sois en mesure de reproduire structuralement mon espace laborieux habituel. A Paris, le lieu où je travaille (tous les jours de 9 h. 30 à 13 heures. Ce « timing » régulier de fonctionnaire de l’écriture me convient mieux que le « timing » aléatoire qui suppose un état d’excitation continu) se situe dans ma chambre à coucher (qui n’est pas celle où je me lave et prends mes repas). Il se complète par un lieu de musique (je joue du piano tous les jours, à peu près à la même heure : 14h 30) et par un lieu de « peinture », avec beaucoup de guillemets (environ tous les huit jours, j’exerce une activité de peintre du dimanche. Il me faut donc une place pour barbouiller).
Dans ma maison de campagne, j’ai reproduit exactement ces trois lieux. Peu importe qu’ils ne soient pas dans la même pièce. Ce ne sont pas les cloisons mais les structures qui comptent.
Mais ce n’est pas tout. Il faut que l’espace laborieux proprement dit soit divisé, lui aussi, en un certain nombre de microlieux fonctionnels. Il doit y avoir d’abord une table. (J’aime bien qu’elle soit en bois. J’ai un bon rapport avec le bois.) Il faut un dégagement latéral, c’est-à-dire une autre table où je puisse étaler les différentes parties de mon travail. Et puis, il faut une place pour la machine à écrire et un pupitre pour mes différents « pense-bête », « microplannings » pour les trois jours à venir, « macroplannings » pour le trimestre, etc. (Je ne les regarde jamais, notez bien. Leur simple présence suffit.) Enfin, j’ai un système de fiches aux formes également rigoureuses : un quart du format de mon papier habituel. C’est ainsi qu’elles se présentaient, jusqu’au jour (c’est pour moi l’un des coups durs du Marché commun) où les normes ont été bouleversées dans le cadre de l’unification européenne. Heureusement, je ne suis tout de même pas totalement obsessionnel. Sinon, j’aurais dû reprendre à zéro toutes mes fiches depuis l’époque où j’ai commencé à écrire, il y a vingt-cinq ans.

Étant essayiste et non romancier, quelle est la part de la documentation dans la préparation de votre travail ?

R.B. : Ce qui me plaît, ce n’est pas le travail d’érudition. Je n’aime pas les bibliothèques. J’y lis même fort mal. C’est l’excitation provoquée par le contact immédiat et phénoménologique avec le texte tuteur. Je ne cherche donc pas à me constituer une bibliothèque préalable. Je me contente de lire le texte en question, et cela de façon assez fétichiste : en notant certains passages, certains moments, voire certains mots qui ont le pouvoir de m’exalter. A mesure, j’inscris sur mes fiches soit des citations, soit des idées qui me viennent, et cela, curieusement, déjà sous un rythme de phrase, de sorte que, dès ce moment, les choses prennent déjà une existence d’écriture.
Après quoi, une deuxième lecture n’est pas indispensable. Je puis, en revanche, réassurer une certaine bibliographie, car, désormais, je me trouve plongé dans une sorte d’état maniaque. Tout ce que je lirai, je sais que je le ramènerai inévitablement à mon travail. Le seul problème, c’est d’éviter que mes lectures d’agrément viennent interférer avec celles que je destine à l’écriture. La solution est fort simple : les premières, par exemple un classique, ou un livre de Jakobson, sur la linguistique, qui me plaît tout particulièrement, je les fais au lit, le soir, avant de m’endormir. 

Les autres (également les textes d’avant-garde), le matin à ma table de travail. Il n’y a là rien d’arbitraire. Le lit, c’est le meuble de l’irresponsabilité. La table, celui de la responsabilité.

Journée. D DAY

Je finis la journée de travail en envoyant aux étudiants, LES MOTS DU SOIR ( Que V. a interprété 3 jours de suite en y voyant lesMorts du soir. Vue la période on va l’excuser.

J’ai toujours été assez régulière dans mon travail, mais je me dis ( chacun ses combines pour lutter contre la paresse qui menace les plus gros travailleurs!! ) que vraiment ces rythmes que l’on se crée sont essentiels. Presque à l’heure près. Genre Café et france Cul. Mails. Ecriture de 9 à 10 . Descendre travailler.Prendre les journaux. Remonter: Deux yaourts et céréales. Redescendre à pieds 6 km, atelier. remonter à pieds…

Bref ; Ce matin j’ai envoyé les Mots du matin.

Pour ceux et celles qui s’intéressent à la danse ( notation, transmission) il y avait comme je le disais à Beryl un article interessant dans le Libé du 7 avril ( ci joint la page ).Il y est question de la danse et de la cécité. Comment « raconte »-t’on à un aveugle ce qui se passe sur scène?. Au théâtre c’est assez simple. Mais en ce qui concerne la danse ouille ouille. Il est dit dans l’article un chose surprenante: Je recopie
On nous raconte qu’un soir, dans la salade la grande halle de la Villette un jeune homme de 18 ans, aveugle s’est installé au premier rang et a regardé la spectacle de danse avec les paumes de ses mains les bras tendus en l’air face au plateau. Il devait ressembler à un chef d’orchestre…..Et en bas de l’article il y a l’adresse d’un site super interessant et que je ne connaissais pas ; NUMERIDANSEqui concerne toutes les dansesOn y voit les recherches quant à Dominique BAgouet ( so Schnell ) et on y entend la description du spectacle. BECS

Suis un peu inquiète pour la petite femelle mandarin. Je la trouve un peu bizarre, moins vive, et parfois bec dans les plumes. Hum…

PAS d’IMAGE/ Peu de réseau

Hier soir c’était cool d’écouter la conférence au Louvre de … concernant François le lyonnais. Je l’avais oublié le FLL, créateur de l’Oulipo et auteur surtout de la peinture à Dora . J’ai déjà quelque part parlé code cela et de la lettre que j’avais envoyée à Attila, tellement choquée par la laideur de l’édition; L’échoppe et 1000 fois plus beau.

BONJOUR !!!!!
Hier donc je vous parlais de La peinture à DoraJ’avais mis de côté une conférence du Louvre à ce sujet, ne l’ayant pas écoutée, je ne me suis pas hasardée à vous l’envoyer .REGARDEZ LA ( jusqu’à 1H à peu près soit juste avant la troisième partie qui ne me semble pas indispensable ) IL y a aussi  la lecture intégrale de la peinture à Dora. La peinture à Dora – YouTubeLe type qui parle , Olivier Salon raconte super bien et avec enthousiasme FLL. C’est réjouissant malgré la gravité du sujet qui n’est pas franchement Oulipien. 

Je n’ai pas poursuivi et expliqué mes raisons quant au rejet de cette troisième partie car j’y aurais parlé  » des papous dans la tête  » émission qui m’a toujours exaspérée, entre justement Oulipo et pataphysique. Je n’ai rien contre ces  » domaines » mais quand il s’agit de jouer, j’me sauve. Assembler des tableau. bref je n’ai pas regardé, donc suis partiellement de mauvaise foi ‘( ce qui ne m’arrive jamais ). Ce matin j’ai fait un petit Diaporama pour Giessen, expo pour fantômes, tout ce boulot pour rien. Mais non, tout ce boulot pour le plaisir de l’avoir fait. Hier aller et retour atelier à pieds. idem dans quelques minutes. 12 km quotidiens, c’est pour le moment ce que j’ai envie de faire . Hier je suis rentrée heureuse comme une chèvre qui a de la bonne herbe verte ( heu…) La petite femelle mandarin se fabrique un nid dans un coin. Les deux garçons on chacun leur nid et je ne comprends pas bien leur organisation, ni leurs prises de bec soudaines. A propos de bec, j’ai beaucoup ri à l’écoute de Josée Dayan, qui n’exagérant jamais comme chacun sait déclare s’évanouir si elle voit la photo d’un rossignol. S’en est suivie une série de SMS avec Nicole. L’histoire de Sartre mort n’est pas mal non plus. Cela m’a rappelé que le jour de l’enterrement, je marchais à côté de Diego Giacometti.Bon, arrête de raconter ta vie et va travailler. Oui chef

Déjà 3 semaines…

Ici pas de télé ou tout au moins elle est cachée sous une couverture type Buren et devant elle il y a des branches, comme si la nature avait repris ses droits. Comme si ce machin à images lumineuses était un élément d’archéologie, ce qu’il est à n’en pas douter. Donc une envie de voir quelque chose ( et de ne pas regarder de DVD). Cela veut dire tenter Arte avec comme connexion mon telephone et regarder Sogni d’oro 1981 de Nanni Moretti. Film qui au moins contiennent pour moi quelques entractes pour que  » ça charge « . Je ris beaucoup, m’étonne de la fraicheur du film, de sa simplicité et aussi que 1981, veille de mon arrivée à Rome, c’était … il y a 40 ans. Merde. ( Je pense avec plaisir à ces moments et réfléchis au comment faire de ma prochaine expo à la villa l’an prochain) . Je pense commencer par le mondial de foot , et de temps en temps mettre quelques images de ce temps là. Sans bien sur faire une retrospective, je déteste ce mot ( ayant la sensation de n’avoir rien commencé au fond). Je pense que si c’était à refaire j’irais dans une école chinoise extrêmement académique me former ( je ris à peine et même pas du tout ). Bref la bataille télévisuelle des pingouins et les amis cinéastes me rappellent ces moments avec R. et les figurants mythomanes. L’un d’eux s’appelait Marlon, vue sa lointaine ressemblance avec qui vous savez. R. racontait souvent Attal et Zardi,( que l’on aperçoit dans pas mal de films de Godart et de la nouvelle vague, et chez Chabrol à qui ils disaient gravement: ( à qui ils menaçaient pourrait on dire si c’était possible )

N’oublie pas que nous sommes dans ton film . Dans Sogni d’oro ce pourraient être les deux frères qui se donnent 5 ans pour apprendre le cinéma et faire leur film. La salle de projection remplie de mannequins est magnifique aussi. Tiens je vais faire une capture si par bonheur je mets moins de 5 ans à retrouver le passage ( Je regarde l’heure. Dans 3/4 d’heure, rendez vous avec des étudiants de sciences po qui doivent me poser je ne sais quelles questions). Vue la connexion j’ai peur que ça ne zoome pas fort. Ben si, ça n’a pas mal zoomé. J’ai idée que les oiseaux à l’arrière e, soudainement bavards en on dit plus que moi.

Mis le bec dans la biographie de Simenon, remis le bec dans  » Le lys dans la Vallée« .Temps toujours splendide. Aller à l’atelier. Oui Oui j’y vais. CA va, j’ai compris… les journées passent trop vite. Regardé aussi Dawn by law de Jarmush. Je n’aime pas Begnini mais là il est bien. Regardé un film de Guy Maddin Sombra Dolorosa.

LES MOTS DU SOIR 1 à 9

Ce sont les fragments de textes que j’envoie aux étudiants chaque soir.

Sous la neige

Depuis hier je réponds aux étudiants qui écrivent de plus en plus de textes, scénarios etc. Ils ont l’air de plutôt apprécier cette découverte de l’isolement , de la solitude pour certains. Je ne sais plus si je vous ai fait suivre les TEXTES du soir.  Je suis sans nouvelles d’alexandre Gras, sinon j’ai à peu près le troupeau.
Je vous remets les textes:
MOTS DU SOIR N°1″ On ne peut ni bouger ni parler vraiment sans d’abord être passé par l’immobilité et le silence intérieur, cette cavité souterraine de silence chez les gens, dont l’immensité rêvée de la scène vide serait un figuratif. Il faut savoir commencer par travailler sur le vide et le silence : c’est primordial quand on a l’audace d’émettre des sons et de dessiner des figures dans l’espace. Et le silence devrait continuer à être perçu sous les mots et le vide devrait pouvoir continuer à habiter l’espace de la représentation. Une certaine idée du noir serait conservé dans la lumière  » Claude régy/ Espaces perdus

« Je sentais en marchant mes pensées se bousculer comme un kaléidoscope — à chaque pas une nouvelle constellation ; de vieux éléments disparaissent, d’autres se précipitent ; beaucoup de figures, si l’une d’entre elle persiste, elle s’appelle “une phrase”. »
Proust, « Journal parisien », 11 février 1930
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MOTS DU SOIR N°2 Ovide en exil / 3 traductions différentes /

ÉLÉGIE XII

Tu m’écris de tromper mon ennui par l’étude, que mon coeur ne s’adonne pas à un repos honteux. Ami, c’est là un conseil difficile: le poème est oeuvre de joie , il veut un esprit apaisé: ma fortune est en butte à des tempêtes acharnées et il n’est point de sort plus sombre que le mien.Tu veux donc que Priam soit enjoué près de la tombe de ces fils, que Niobé, veuve des siens, mène d’allègres danses? Au chagrin ou bien à l’étude, à quoi devrais-je m’adonner, étant seul et proscrit, au bout du monde chez les Gètes? Si même je pouvais oublier ma patrie, vous oublier vous-mêmes, et perdre souvenir de tout ce qui me manque, il resterait la peur qui m’empêche d’écrire en paix: mon séjour est cerné d’ennemis innombrables. Ce n’est pas tout, mon esprit s’engourdit, rouillé par sa longue inaction; il vaut bien moins qu’il ne valut naguère….



ÉLÉGIE XII

Tu m’écris de charmer par l’étude le temps déplorable de mon exil, afin de préserver mon esprit d’une honteuse et mortelle léthargie. Ce conseil, ami, est difficile à suivre : les vers sont enfants du plaisir, ils veulent de la tranquillité d’esprit, et ma fortune est le jouet des tempêtes, et il n’est pas de sort plus triste que le mien. C’est demander à Priam qu’il se réjouisse aux funérailles de ses fils, à Niobé, veuve de sa famille, qu’elle danse et célèbre des fêtes. Relégué seul parmi les Gètes, aux extrémités du monde, suis-je libre, selon toi, de m’occuper de mes malheurs ou de mes études ? Quand tu me supposerais une âme forte et stoïque, telle que fut, dit-on, celle de l’accusé d’Anytus , ma philosophie croulerait encore sous te poids écrasant d’une disgrâce pareille à la mienne. La colère d’un dieu est plus puissante que toutes les forces humaines. Ce vieillard, proclamé sage par Apollon, n’aurait pas eu la force d’écrire au milieu des tourments que j’endure . Quand on oublierait sa patrie, quand on s’oublierait soi-même, et que tout sentiment du passé pourrait s’éteindre, la crainte du péril interdirait toute oeuvre qui demande de paisibles loisirs. Or, le séjour où je suis, est entouré d’innombrables ennemis. D’ailleurs, émoussée par une longue inaction, ma verve est languissante, et a beaucoup perdu de sa vivacité première. Le sol fertile que la charrue ne retourne pas fréquemment ne produira plus que des ronces et des plantes parasites. Le coursier perd son agilité dans un repos trop prolongé, et se laisse dépasser dans la lice par tous ses rivaux. La barque demeurée trop longtemps hors de l’eau, son élément habituel, se pourrit enfin et s’entrouvre de toutes parts. Ainsi, moi qui ne fus jusqu’ici qu’un écrivain médiocre, je désespère de m’égaler désormais moi-même.ÉLÉGIE XII
Tu m’écris de chercher dans l’étude une distraction à mon malheur, et de ne pas laisser mon esprit s’engourdir dans une honteuse apathie. Ce conseil, ami, est diffi­cile à suivre ; la poésie est fille de la gaîté et réclame un esprit calme et serein; ma destinée est battue par des tempêtes cruelles, et il n’y a pas de sort plus triste que le mien. Tu exiges que Priam se réjouisse au sein des funérailles de ses enfants, que Niobé, veuve de sa famille, célèbre des danses légères. Est-ce le chagrin ou l’étude, à tes yeux, qui doit me préoccuper, seul, relégué au bout du monde parmi les Gètes? Quand tu me supposerais une âme pleine de constance et de fermeté, telle que la renommée signale celle de l’accusé d’Anytus, toute cette philosophie croulerait sous le poids d’une telle dis­grâce : le courroux d’un dieu est au dessus des forces humaines. Ce vieillard, qu’Apollon honora du titre de sage, n’eût jamais pu dans de semblables circonstances composer un ouvrage. Quand on oublierait sa patrie, quand on s’oublierait soi-même, quand le sentiment du passé pourrait être suspendu, la crainte seule est un obstacle au calme nécessaire à cette tâche : or, ce séjour est entouré d’innombrables ennemis. Ce n’est pas tout : mon esprit, par un long engourdissement, s ‘est rouillé, et se trouve bien déchu de ce qu’il fut jadis : un champ fertile que ne renouvelle pas assidûment la charrue, ne produira que du chiendent et des ronces : le coursier longtemps inactif ne sera plus agile à la course, et, lancé dans la car­rière, arrivera au but le dernier : le bois s’attendrit et se pourrit, se fend et s’entr’ouvre, quand la barque n’est plus dans l’eau, son élément habituel. Et moi aussi je désespère, tout médiocre que je fus, de redevenir jamais égal à moi-même : mes longues souffrances ont brisé les ressorts de mon génie, et je n’ai presque rien conservé de mon antique énergie. Souvent cependant, comme au­jourd’hui encore, j’ai pris mes tablettes et j’ai voulu as­sembler quelques mots, former quelques hémistiches mais ce n’étaient plus des vers, ou c’étaient des vers tels que ceux-ci, en harmonie avec la fortune de leur au­teur, en harmonie avec son séjour.

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MOTS DU SOIR 3 /BENJAMIN PERRET/ AU PARADIS DES FANTÔMES 1933/ mouche automateAU PARADIS DES FANTÔMES 1933Un souterrain du Château des Papes, en Avignon. Décorés de faveurs bleues et roses, des ceintures de chasteté, qui s’ouvrent et se ferment avec un grand bruit de mâchoires de crocodiles, sont pendues aux murs.  Des centaines d’automates au repos encombrent le sol. Entre eux, on distingue des ombres qui circulent avec précaution.
C’est une conversation entre Heron d’Alexandrie et Virgile de Naples
VIRGILE DE NAPLES. — J’avais construit une mouche d’airain que j’avais placée sur l’une des portes de la ville, et cette mouche mécanique, dressée comme un chien de berger, empêchait qu’aucune mouche n’entrât dans Naples, si bien que pendant huit ans, grâce à l’activité de cette ingénieuse machine, les viandes entreposées dans lesboucheries ne se corrompirent pas. Hélas ! les mouches, à force de voir la Vierge Marie (c’est le nom que j’avais donné à ma mouche), finirent par ne plus la craindre et rentrèrent dans Naples au moment où l’on s’y attendait le moins…

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MOTS DU SOIR 4/ENRIQUE VILA MATAS/ LE MAL DE MONTANO
Ce soir un fragment du MAL de MONTANO ( je crois ) recopié POUR VOUS à la main !!!  de Enrique Vila-Matas ( 2002 )( il a travaillé aussi avec Dominique Gonzalez Foster qui est une artiste ) 
Un père et son fils sont tous les deux atteints du mal de Montano, une sorte de maladie littéraire qui apparaît sous deux formes différentes. Le père ne peut s’empêcher de penser autrement que par rapport à la littérature et le fils (Montano) ne parvient plus à écrire. ( Wiki )J’ai beaucoup aimé ce livre auquel je repense soudainement. L’acteur dont il parle et je pense que vous ne le connaissez pas, peut-être Laurent? S’appelle Daniel Emilfork. Please ne sautez pas sur Wiki, imaginez d’abord d’après ce qu’en dit VMJe cherche des liens de la scène où dans le Casanova de Fellini, il est une libellule. REGARDEZ APRES 

J’ai un souvenir de lui sur scène, hum??? Marat-Sade ( je vérifie et rafraichis ma mémoire ). Yesse . Je vous laisse regarder et chercher ce qui se passait à l’hospice de Charenton ou Sade ( lisez-le c merveilleux ) était en cellule un peu ouverte puisqu’il mettait en scène les « pensionnaires «  devant un public choisi. Beu livre aussi de Jacques Chessex : Le crâne de Monsieur Sade. Je vérifie ce que je dis et une bière si j’ai bon. Zut c’est LE DERNIER CRÂNE DE M. De SADE
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«  Curieusement, je suis ici à Barcelone en train d’écrire sur le moment où , à Santiago, j’ai fait la connaissance du hideux Tongoy et , dans dix minutes, je dois le retrouver et aller déjeuner avec lui au restaurant Envalira dans le quartier de Gracia. Mon ami Tongoy est à Barcelone parcequ’il va participer à un documentaire sur le monde des baleiniers que prépare Rosa et qui sera prochainement tourné aux Açores. C’est moi, bien sur qui, au retour du Chili, ai suggéré à Rosa de proposer à Tongoy un rôle dans le film. Celui de vieux baleinier. Ses apparitions dans le documentaire peuvent s’avérer inquiétantes parce que Tongoy n’est pas seulement un Nosferatu respectable, mais aussi un acteur très expérimenté e assez célèbre en France où il vit deus un demi siècle. Je crois qu’il peut fort bien jouer son rôle de faux baleinier, d’étrange Nosferatu aux Açores.Le documentaire de Rosa à l’intention d’étudier la déprimante situation actuelle des baleines et des baleiniers des Açores, avec en permanence Moby Dick en arrière plan littéraire. Mais il souhaite également être un peu fictif: il mêlera la réalité et l’invention et , dans la partie inventé, Tongoy peut jouer un rôle brillant avec ces phrases-je collabore comme scénariste-que j’ai préparées pour qu’il les dise au début du film. Mon ami Tongoy est vraiment très laid, mais on s’habitue à ne plus le trouver aussi horrible à cause de son bon caractère, de son élégance vestimentaire excentrique et de sa cultureraffinée. Quand je l’ai vu pour la première fois, à l’aéroport de Santiago, j’ai pensé très vite à Nosferatu, mais je me suis tu parce que c’est faire preuve de mauvaise éducation que de dire à quelqu’un dont on vient de faire la connaissance qu’il ressemble à Dracula, mais surtout parce que , tout compte fait, j’ai toujours un peu ressemblé à l’acteur Christopher Lee qui jouait le rôle de Dracula dans les films des années 50. Et parce que par ailleurs, il s’est empressé de parler de sa spectaculaire étrangeté physique. Mon ami Tongoy a 74 ans, le crâne rasé et des oreilles de chauve-souris. Il habite à Paris depuis un demi siècle, mais il est né dans une famille de juifs hongrois qui ont émigré au Chili et se sont installés à San Felipe. Le vrai nom de mon ami est Felipe Kertesz, il est devenu dernièrement un petit peu célèbre en France en interprétant dans un film le rôle d’un sinistre vieillard qui passe son temps à séquestrer des enfants. Il est également un peu connu pour avoir été un homme libellule dans un film de Fellini et avoir incarné l’acteur Hongrois Bela Lugosi dans une biographie filmée de ce personnage.Grâce à l’aide précieuse de Margot, quelques petites minutes ont suffi pour que s’établisse entre le hideux Tongoy et moi un courant de sympathie mutuelle qui l’a poussé à me demander; alors que nous n’avions même pas encore quitté l’aéroport, si je voulais savoir comment enfant il s’était rendu compte qu’il était bizarre.—Je serais ravi de le savoir ai-je répondu »________________________________________________________________________

MOTS DU SOIR 5 / Thomas Bernhard

Maitres anciens/ Comédie Thomas Bernhard
Alte Meisterkomödie 
1985

« Les hommes que nous voyons sont des victimes de l’Etat et qui servent l’Etat et l’humanité que nous voyons n’est autre que la mangeaille de l’Etat, donnée à manger à l’Etat qui devient de plus en plus glouton. L’humanité n’’est plus qu’une humanité étatisée, et déjà depuis des siècles, donc depuis que l’Etat existe, elle a perdu son identité, me dis-je. Aujourd’hui l’humanité n’est guère plus qu’une Inhumanité, qui est l’Etat, me dis-je. Aujourd’hui l’homme n’est plus qu’un homme étatisé, il n’est donc plus aujourd’hui que l’homme détruit et l’homme étatisé, seul homme humainement possible, me dis-je. L’homme naturel n’est plus du tout possible me dis-je. Lorsque nous voyons des millions d’hommes étatisés entassés dans les grandes villes, nous sommes pris de nausée, parce que, lorsque nous voyons l’Etat , nous sommes également pris de nausée. Chaque jour, quand nous nous éveillons, cet Etat qui est le nôtre nous donne la nausée, et lorsque nous sortons dans la rue, les hommes Etatisés qui peuplent cet état nous donnent la nausée. L’’humanité est un gigantesque Etat qui, soyons sincères, à chaque éveil nous donne la nausée. Comme tout le monde, je vis dans un Etat qui me donne la nausée dès le réveil.Les professeurs que nous avons enseignent aux gens d’Etat et leur enseignent toutes les horreurs et atrocité de l’Etat, tous les mensonges de l’Etat, et non pas que l’Etat est  toutes ces horreurs et ces atrocités et ces mensonges. Depuis des siècles les professeurs prennent leurs élèves dans les tenailles de l’Etat et les martyrisent pendant des années et des dizaine d’années et les broient. Voilà que ces professeurs, au nom de l’Etat , parcourent les musées avec leurs élèves et les dégoûtent de l’art par leur stupidité. Mais cet art sur ces murs, qu’est il d’autre qu’un Art d’Etat me dis-je. Reger ne parle que de l’art d’Etat , quand il parle de l’art et quand il parle des soi-disant Maitres anciens, il ne parle jamais que des maitres anciens d’Etat . Car cet art accroché à ces murs n’est tout de même rien d’autre qu’un art d’Etat, du mois celui qui est accroché ici, dans la galerie de peinture du Musée d’art ancien.Tous ces tableaux accrochés ici aux murs ne sont tout de même rien d’autre que des tableaux d’artistes d’Etat. Qui conviennent à un art catholique d’Etat, complaisant, rien d’autre.Toujours à nouveau rien qu’une face, comme dit Reger, pas un visage. Toujours à nouveau un chef, pas une tête.Dans l’ensemble toujours seulement l’avers sans le revers, toujours à nouveau seulement le mensonge et l’hypocrisie sans la réalité et la vérité.Tout de même tous ces peintres n’étaient rien que des artistes d’Etat complètement hypocrites, qui ont répondu au désir de plaire de leurs clients, Rembrandt lui-même ne constitue pas une exception dit Reger. Voyez Velasquez, rien que de l’art d’Etat, et Lotto, et Giotto, uniquement de l’art d’Etat, toujours comme ce terrible Dürer, précurseur et prédécesseur du nazisme, qui a mis la nature sur la toile et l’a tuée, cet effroyable Dürer,  comme dit très souvent Reger, parce qu’en vérité il déteste profondément Dürer, cet artiste nurembergeois de la ciselure. Reger qualifie d’art de commande d’Etat les tableaux accrochés ici aux murs , même l’homme à la barbe blanche en fait partie.  Les soi-disant maitres anciens n’ont jamais fait que servir l’Etat ou servir l’Eglise; ce qui revient au meêm, ne cesse de dire Reger, un empereur ou un pape, un duc ou un archevêque. Tout comme le soi disant artiste libre est une utopie, une folie, c’est ce que dit souvent Reger……. « 

Maitres anciens/ Comédie Thomas Bernhard
Alte Meisterkomödie 
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MOTS DU SOIR 6 / Bruce Nawman interview

Joan Simon» A quoi pensez-vous lorsque vous travaillez sur une pièce ?
Bruce Nauman. – Je pense beaucoup à. Lenny Tristano. Vous le connaissez ? Lenny Tristano était un pianiste aveugle, un des types de la première génération» ou peut-être de la seconde «des musiciens be-bop. On le retrouve sur pas mal de très bons disques be-bop des tous débuts . Dans ses meilleurs morceaux, il vous atteignait de plein fouet et continuait jusqu’à la dernière note. Il s’arrêtait brutalement. Il n’y avait ni intro ni final simplement quelque chose de très intense pendant deux minutes, vingt minutes ou plus. C’était comme si on prélevait la partie la plus dense, la plus dure d’un morceau de Coltrane. Il n’y avait que ce noyau dur. Dès le début, j’ai essayé de voir si je pouvais réaliser quelque chose qui produirait cet effet. Un art qui surgirait comme ça tout d’un coup . Un art qui agirait comme un coup de batte de base-ball en pleine face. Ou mieux, un art qui agirait comme un coup sur la nuque qu’on ne voit pas venir et qui vous étend . Une espèce d’intensité qui ne s’expose pas au jugement ou à l’appréciation.
J.S. – Au cours de ces vingt dernières années, vous avez essayé de rendre cette intensité en utilisant plus ou moins tous les médiums : le film, la vidéo, le son, les néons, l’installation, la performance, la photographie, l’holographie, la sculpture et le dessin, mais pas la peinture. Pourquoi avez-vous abandonné la peinture aussi tôt ?
B.N. – Lorsque j’étais à l’école, j’étais peintre. Ensuite je ne suis revenu à cette pratique que deux ou trois fois. Mais fondamentalement, je ne pouvais pas fonctionner en tant que peintre . La peinture faisait partie de ces choses avec lesquelles je ne voyais pas comment il était possible de produire du sens. Je ne voyais absolument pas comment je pouvais procéder en tant que peintre. Il me semblait que si je cessais de me considérer comme un peintre, alors je pourrais continuer à travailler.Lorsque je repense à cette époque, je me demande encore comment je faisais pour décider que telle chose était possible et telle autre pas. J’ai fini par aller chercher dans d’autres domaines comme la musique, la danse ou la littérature afin de trouver des idées dont je pourrais me servir afin de pour- suivre mon travail. Dans ce sens, mes premiers travaux qui semblent constitués des idées et des matériaux les plus divers me paraissaient faciles à réaliser dans la mesure où ils ne résultaient pas d’un regard porté sur la sculpture ou la peinture.
J.S. – Ça ne me paraît pas si simple.
B.N. – Non, je ne veux pas dire que le travail était facile. Mais c’était simple dans le sens où dans les années 60, on ne vous demandait pas de vous can- tonner dans un seul médium. Utiliser différentes sortes de matériaux ou passer de la photographie à la danse, de la performance à la vidéo, ne posait aucun problème. Ça semblait même très simple d’utiliser toutes ces différentes façons d’exprimer des idées ou de présenter des matériaux. On pouvait réaliser des enseignes en néon, des oeuvres constituées de texte, des travaux assez drôles à partir de fragments de corps ou de moulages- toutes sortes de choses.
J.S. – Situez-vous votre travail dans une filiation artistique précise ou tout du moins en rapport avec celui d’autres artistes ?
B.N. – Il y a naturellement des liens, mais ils ne sont pas directs. Il ne s’agit pas d’être l’émule de tel ou tel artiste, mais certains posent des questions proches de celles qui vous intéressent et y répondent avec une certaine intégrité . Il y a chez Johns une sorte de retenue, de moralité, qui n’est pas spéci- fique- Je ne sais pas comment la décrire, mais je sens qu’elle est présente. Elle l’est moins chez Duchamp, mais elle reste importante . Cela vaut éga- lement pour Man Ray qui m’intéresse beaucoup . La moralité que je repère chez Man Ray est peut-être liée au fait que son art prenait la forme de plaisan-teries – de plaisanteries stupides – à l’époque où il gagnait sa vie comme photographe de mode.  Toute la philosophie de Dada reposait sur l’idée que l’on n’avait pas à vivre de son art. Ce qui permettait à cette génération d’aller assez loin dans la provocation à moindre, risque. Et puis, il y a cette conception spécifiquement américaine de la moralité en art, selon laquelle l’artiste est un travailleur . Vivre de son art ne posait aucun problème à la plupart des artistes américains parce qu’ils s’identifiaient à la classe ouvrière . Pour certains, cette conception est encore d’actualité. C’est en tous cas vrai pour moi, et je pense que ça l’est également pour quelqu’un comme Richard Serra par exemple.
J.S. – Quelle que soit la part ludique, la diversité de styles ou le degré de fascination qu’ils exercent, vos travaux ont toujours une dimension éthique, une force morale
B.N. – C’est ma façon de voir l’art. L’art devrait avoir une dimension morale, des valeurs et des prises de positions morales . Je ne sais pas exactement d’où me vient cette conviction. Sans doute du milieu dans lequel j’ai grandi avec mes parents et ma famille ; et peut-être aussi de l’époque où je vivais à San Francisco lorsque je fréquentais l’Art Institute . Ou peut-être enfin de la période qui a précédé, lorsque j’étais dans le Wisconsin, à l’université . De tout ce temps passé là-bas, j’ai gardé l’image de professeurs assez âgés, qui ne laissaient pas facilement entrer les femmes à l’université en tant qu’enseignantes et qui étaient tous membres du WPA . Ils étaient socia listes et leurs positions n’étaient pas seulement morales et politiques, mais aussi éthiques . LeWisconsin a été l’un des derniers états socialistes . A l’époque où j’y habitais et où j’allais au lycée – dans les années 50 – Milwaukee avait encore un maire socialiste . Nombreux étaient ceux qui pensaient que l’art avait une fonction, une raison sociale d’exister, qui dépassaient les simples critères de beauté . (…)

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MOTS DU SOIR 7 Encore Thomas Bernhard je ne résiste pas
« Jusqu’à quarante ans. Je me suis laissé chier sur la tête dans tous ces Hôtels de Ville, dans toutes ces salles des fêtes, car une remise de prix n’est rien d’autre qu’une cérémonie au cours de laquelle on vous chie sur la tête. Accepter un prix, cela ne veut rien dire d’autre que se laisser chier sur la tête parce qu’on est payé pour ça. Jai toujours ressenti ces remises de prix comme la pire humiliation qu’on puisse imaginer, et pas comme un honneur. Car un prix est toujours décerné par des gens incompétents qui veulent vous chier sur la tête, et qui vous chient copieusement sur la tête quand on accepte leur prix en mains propres. »

LES MOTS DU SOIR 9 / GRACE à THOMAS/ LETTRE DE SOL LEWIT à EVA  HESSE/ 1965

Chère Eva, 

Cela va faire quasiment un mois que tu m’as écrit, et peut-être as-tu oublié quel était ton état d’esprit (quoique j’en doute). Tu ne changes pas et, fidèle à toi-même, tu ne le supportes pas. Non ! Apprends à dire au monde : « Va te faire foutre ! » une fois de temps en temps. Tu en as le droit. Cesse un peu de penser, de t’inquiéter, de te méfier, de douter, de t’effrayer, de peiner, d’espérer une issue facile, de lutter, de te cramponner, de t’embrouiller, de gratter, de griffer, de marmonner, de bafouiller, de grogner, de te rabaisser, de broncher, de marmotter, de grommeler, de miser, de culbuter, d’écumer, d’escalader, de trébucher, de tramer, de rouspéter, de pleurnicher, de te lamenter, d’affûter, de désosser, de déconner, de pinailler, de chicaner, de compisser, de trifouiller, de t’emmerder, de te leurrer, de moucharder, de cafarder, de poireauter, de tâtonner, d’abominer, de payer, de scruter, de percher, d’entacher, de trimer, de trimer encore et encore. Arrête — et contente-toi de FAIRE ! 

D’après ta description, et d’après ce que je sais de ton travail antérieur et de ta capacité ; ton travail semble très bon « Dessin-propre-clair mais dingue comme des machines, en plus grand et en plus vigoureux… véritable non-sens ». Ça m’a l’air bien, formidable — du véritable non-sens. Va plus loin. Encore plus de non-sens, encore plus de dinguerie, encore plus de machines, encore plus de seins, de pénis, de chattes, de ce que tu veux — fais foisonner tout ça avec le non-sens. Essaie de titiller cette chose en toi, ton « humour bizarre ». Tu appartiens à la part la plus secrète de toi-même. Ne te préoccupe pas de ce qui est cool, fais ce qui selon toi n’est pas cool. Fabrique ce qui t’est propre, ton propre monde. Si tu as peur, fais-le fonctionner pour toi — dessine & peins ta peur et ton anxiété. Et cesse de te préoccuper de ces choses grandes et profondes telles qu’« opter pour un but et une manière de vivre, l’approche cohérente d’une finalité même impossible ou d’une finalité même imaginaire ». Tu dois t’entraîner à être stupide, muette, étourdie, vide. Alors tu seras capable de FAIRE ! 

J’ai grande confiance en toi et bien que tu te tourmentes, ton travail est très bon. Essaie un peu de faire du MAUVAIS travail — le pire qui te vienne à l’esprit et vois ce qui se passe, mais surtout détends-toi et envoie tout au diable — tu n’es pas responsable du monde — tu es seulement responsable de ton œuvre — donc FAIS ÇA. Et ne pense pas que ton œuvre doive se conformer à une quelconque forme, idée ou saveur préconçue. Elle peut être tout ce que tu veux qu’elle soit. Mais si la vie était plus facile pour toi en arrêtant de travailler — eh bien arrête. Ne te punis pas. Je pense toutefois que c’est si profondément enraciné en toi qu’il devrait t’être plus facile de FAIRE ! 

Quelque part, malgré tout, il me semble que je comprends ton attitude, parce que je traverse parfois un processus similaire. Je suis pris dans une « Déchirante Réévaluation » de mon travail et je change tout autant que possible = je déteste tout ce que j’ai fait, et j’essaie de faire quelque chose d’entièrement différent et meilleur. Peut-être ce genre de processus m’est-il nécessaire, parce qu’il me pousse à avancer. Le sentiment que je peux faire mieux que la merde que j’ai faite. Peut-être as-tu besoin de ton déchirement pour accomplir ce que tu fais. Et peut-être que cela t’incite à mieux faire. Mais c’est très douloureux, je le sais. Ça irait mieux si tu avais assez confiance pour faire le boulot sans même y penser. Ne peux-tu laisser le « monde » et l’« ART » tranquilles et aussi cesser de flatter ton ego. Je sais que tu (comme n’importe qui) ne peux travailler que jusqu’à un certain point et que le reste du temps tu es livrée à tes pensées. Mais quand tu travailles ou avant de travailler tu dois vider ton esprit et te concentrer sur ce que tu fais. Après que tu as fait quelque chose, c’est fait et c’est comme ça. Au bout d’un moment, tu peux voir que des choses sont meilleures que d’autres, mais tu peux voir aussi dans quelle direction tu vas. Je suis sûr que tu sais tout cela. Tu dois aussi savoir que tu n’as pas à justifier ton travail — pas même à tes propres yeux. Bon, tu sais que j’admire grandement ton travail et que je ne comprends pas pourquoi il te tracasse autant. Mais tu peux voir ce qui va suivre et moi non. Tu dois aussi croire en ta capacité. Je crois que c’est le cas. Alors tente les choses les plus outrageantes que tu peux — choque-toi toi-même. Tu as en ton pouvoir la capacité de tout faire. 

J’aimerais voir ton travail, mais je me contenterai d’attendre août ou septembre. J’ai vu des photos de choses nouvelles de Tom chez Lucy. Elles sont impressionnantes — surtout celles qui ont la forme la plus rigoureuse : les plus simples. Je suppose qu’il en enverra d’autres plus tard. Dis-moi comment se déroulent les expositions et ce genre de choses. 

Mon travail a changé depuis que tu es partie et il est bien meilleur. Je ferai une exposition du 4 au 9 mai à la Daniels Gallery, 17 East 64th Street (là où était Emmerich), j’espère que tu pourras être là. Mon affection à tous les deux, 

Sol 

Source : Lettre de Sol LeWitt à Eva Hesse datée du 14 avril 1965, Sot LeWitt, cat. exp., éditions du Centre Pompidou-Metz, 2012.

Première publication en anglais in Lucy R. Lippard, Eva Hesse, cat. exp., New York. New York University press, 1976. L’original de la lettre est conservé dans la LeWitt Collection, Chester, Connecticut, États-Unis. Traduit de l’anglais par Catherine Vasseur. 

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