LE FOND DE L’AIR

Quand on entend de loin ( on pense toujours que c’est loin, parler de pollution, on ne se sent pas menacé ). Quand on entend des amis de Delhi parler de leur quotidien ( même s’ils sont, dirait-on du bon côté) ça fait peur. Extracteurs, machines à purifier l’air qui elles même polluent à l’extérieur, ne pas sortir des maisons; C’est terrible. Toux et yeux rouges, porter un masque etc…

J’ai continué à ranger les livres mais je n’ai pas terminé. C’est une activité agréable. Je rêvasse en me demandant si je place celui-ci à côté de celui-là. Il y a mes proches là pas loin, et puis finalement dans la chambre, d’autres, plus lointains. Une pile s’agrandit de:

—ce que je vais donner

—ce que je vais emmener à l’école

Aller vendre des livres chez Gibert, c’est un peu faire la manche dans le métro vu ce que l’on récupère. Emmaüs en fera meilleur usage.

Trop contente d’ailleurs de pouvoir y partir juste après Noël. Avec les BA , ce n’est pas facile de descendre car le voyage grille deux jours .

Hier était une mauvaise journée triste. Il semble que today ( je vais à la galerie et j’aime ça ) soit mieux.

Ce soir, Opera de Pekin à Malakoff. Il faut que je me secoue pour ne pas être un ermite. Mais c’est tellement bien de voir autre chose que mes choses.

Courrier à Berlin pour savoir ce qui se passe.

Le livre de Cozens sur les macules, les paysages, les taches est arrivé chez J. J’aime bien passer à la librairie et papoter avec lui en feuilletant un livre posé là.

 

 

grippe finie

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Avec ce temps magnifique je devrais avoir le moral au plus haut.

Ben non. Et je ne sais pas pourquoi. Tout m’inquiète. Le bruit dehors, le rêve avec les oiseaux bizarres, minuscules puis immenses dans mon atelier et la cage trop petite. L’incendie de cette nuit dans le rêve et un oncle couché mort dans la chambre à côté.

Vu un documentaire super: Duch, le maitre des forges de l’enfer de Rithy Pan.

J’adore comme c’est filmé. Et ce qui est fou c’est l’extrême douceur et élégance de Duch. Brrrr.

J’ai l’impression de ne rien fixer, de ne rien trouver, d’être absente

Yep

MAIS AVANT DE PARTIR…

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En Juillet avant de partir il me fallait absolument aller au Musée des Arts décoratifs et photographier la bibliothèque, plus particulièrement le fonds Maciet.

C’est un endroit que j’ai découvert il y a 100 ans et où souvent je suis venue dessiner.

Il est vrai qu’ensuite, vue la profusion d’images sur le net, j’ai un peu espacé mes visites.

Mais j’adore cette atmosphère, ces grands albums où l’on trouve rangées et collées des images découpées à la main. Un monde incroyable, une encyclopédie “casareccia”..

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©helenedelprat

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©fonds maciet

NOTES PHOTO/LIVRE un beau site 5b4. blogspot

Books on Books #10 Zdeněk Tmej’s Abeceda duševního prázdna (The Alphabet of Spiritual Emptiness) published in 1946 enables a rare look, from a captive’s perspective, inside a Nazi forced labor camp in Breslau, Poland during World War 11. It is remarkable that Tmej, a Czech citizen made to work for the Nazi war effort for two years, was allowed to photograph at all, let alone describe the psychological stasis of his experience with the poetic voice that these portraits and still-lifes convey. Books on Books #10 presents every page spread from this extremely rare and fragile document including the original texts by Alexandra Urbanová translated for the first time into English. Czech photo historian Vladimír Birgus contributes a contemporary essay on Tmej called Zdeněk Tmej’s Conscripted Labor in Germany.

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Yutaka Takanashi Photography 1965-74 is beautifully realized with three different cover images silk screened onto the cloth of the boards. A yellow translucent dustjacket wraps the book and the color I have been told reflects the tone off an exhibition poster from the first solo exhibit of this work in Japan in the 1980s. The printing of the plates is also exquisite – a modern offset interpretation of the original’s lush gravure which remains rich and clean. The design reflects the twisting and turning of the original (horizontals oriented vertically) but with additional gatefolds for a few of the horizontal pictures. It was printed in an edition of only 500, 30 of which come signed and numbered with a print. An additional 100 were signed and numbered by Takanashi. I strongly recommend this book if you can get one. They are a bit pricey but I assure you it is because these books were expensive to produce.

MAINTENANT/ GEORGES

Georges.

Un soir dans le métro, il y a 10 ans déjà, je vous ai rencontré.

J’étais assise, et j’avais sur les genoux l’appareil Polaroïd noir de mon père.

Vous étiez debout. Vous portiez une valise marron d’un autre âge;

Je ne voyais que votre dos.

Ce que je trouvais étrange, c’est la façon qu’avaient les gens de vous regarder de biais. Ils observaient.       Sournoisement; L’atmosphère était lourde.

Je ne comprenais pas cette insistance des regards.

Alors  vous vous êtes retourné.

Ca coupait le souffle.

J’étais impressionnée. C’était impressionnant , oui,

Votre visage… Incroyable ce visage.

J’ai soutenu votre regard, longtemps me semble ‘il. Vous avez souri je crois..

Votre visage d’encre , vos yeux bleus. Bleus comme votre peau.

Beau est le mot qui m’est venu à l’esprit. Beau.

Oui . Beau. Beau comme un beau monstre sans doute. Votre image si violente. Elle tendait l’espace, l’intensifiait.

On aurait dit que le wagon retenait son souffle.  Les gens, eux, volaient votre reflet dans les vitres sombres.

Je me souviens avoir souri aussi.

Mais peut être n’avons nous souri ni l’un , ni l’autre.

Vous êtes descendu à République. Moi aussi. Chacun dans un sens opposé.

Je vous ai regardé un moment vous éloigner avec votre valise, puis j’ai rejoins A. qui m’attendait sur un autre quai et lui ai donné le Polaroïd.

Je n’avais pas osé vous photographier . Dommage!

En rentrant, j’ai fait un petit dessin de votre visage et de vos mains.

Je n’avais pas osé vous parler.

Je  regrettais.

Je vous avais perdu , je m’en voulais. et la vie continuait.

Plus tard, un soir d’hiver, je traversais ma  cour. Il faisait nuit . Je dépasse une voiture garée là., parmi d’autres.

Je ‘arrêtée net, marque l’arrêt quelques secondes .

Comment  réaliser ce qui se passe?

Vous êtes à l’intérieur. C’est vraiment extraordinaire, incroyable.

Vous/ êtes assis   assis là, sur le siège arrière juste en bas de chez moi.

Invraisemblable…

Sans réfléchir, je suis revenue sur mes pas et j’ai ouvert votre portière; peut être vous en souvenez vous.

Je crois avoir dit:” Nous nous sommes vus un jour dans le métro…”

J’ai enlevé mon gant et tendu la main.

Vous avez dit: “Bonsoir, moi c’est Georges. Je me souviens du métro.”

Puis j’ai fait un signe de la main et vous ai laissé là sans même vous demander une adresse, un nom de famille. Rien.Quelle conne

Plus tard le hasard a nouveau.

Je vous écris/

Luc vous connaît et me donne vos coordonnées.

Je me demande s’il serait possible de vous rencontrer?Venez vous souvent à Paris?J’ignore qui vous êtes et ce qui vous anime  mais j’ aimerais vous parler.

Dimanche 25 février

Georges

J’ai bien reçu votre message sur le répondeur et votre lettre deux jours après. cela m’a fait très plaisir. Si je ne vous ai pas encore appelé, c’est que je trouve étrange ce passage à la réalité. Vous étiez l’homme bizarre à la valise, l’homme dans la nuit de la cour.

Voici votre voix. Voici votre écriture.

J’avais jour après jour fait de vous un personnage de roman,-un être proche de Cyril le jeune garçon au visage couvert d’ un voile vert et décrit par Walter de La mare.

J’ai élaboré des hypothèses, je vous ai construit une chambre copiée sur celle de Rebecca.

Je vous ai installé dans des demeures Victoriennes,  dans des recoins sordides, des abris.

Je vous ai abandonné dans une  cage . Je vous ai vu dans une baraque foraine et vous ai baptisé “ l’homme qui clignote”. J’ai reconnu en vous l’homme illustré de Ray Bradbury

J’ai pensé que votre squelette, était bleu aussi, que vous étiez un personnage de série B, un méchant, un vampire, le prince ensorcelé de la Belle et la Bête/

Je vous ai fait porter des costumes sombres, des cravates de soie noire, des haillons, des couronnes, des robes

Je vous ai appelé Saint-Fantôme, puis Fantômas .

J’ai fait de vous l’ami de Genet et d’Ed-Wood,

Je vous ai laissé nu dans un laboratoire.

J’ imaginais…

C’est alors que j’ai reçu votre lettre;

je vous lis avec attention. Je vous relis encore…

Rassurez-vous je n’ai aucun a priori sur quoi que ce soit. Vous parlez de votre homosexualité, et vous dites que peut être je serai déçue.

Ne soyez pas inquiet…

Je vous appellerai bientôt afin de savoir quand et où nous pourrions nous rencontrer.

Je peux venir à B. si cela est plus simple pour vous.

Hélène

J’étais allée en train jusqu’à C.

Je décidai de faire une halte chez C. et D. Ca me rassurait.

Surtout ce soir.

Je n’avais pas envie comme parfois, d’une chambre d’hôtel ou je serai seule.

Une atmosphère amicale, familiale serait la bienvenue. Ils me prêteraient une voiture. J’aurais encore 150 km à faire.

“ Alors tu lui as parlé? Tu vas y aller? Moi j’aurais peur. Tu n’as pas peur?

Peur ? Et bien peur… Peur …

D’après ce que tu décris… Moi je n’irais pas. tu y vas seule? Tu es sûre? Il a l’air bizarre quand même ce type?

C. riait en me disant que c’était Barbe-Bleue qui m’attendait ou un homme à tête de Méduse qui m’aspirerait les yeux.

Je pris l’expression du type qui va sauter d’un falaise:

A ce soir…..

A ce soir…  peut-être !

C. riait.

Plein de camions sur la nationale.. J’ai regardé la carte. C’était le bout du monde ce village. Comment tout  ça allait-il se passer? je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Curieusement, je n’étais pas vraiment inquiète. C’était romanesque comme situation; j’aimais bien. J’avais dans le coffre un matériel assez rudimentaire pour filmer et enregistrer, il était d’accord.. je n’avais jamais fait ça.

Les routes devenaient plus étroites. J’ai vu des marais , j’ai traversé des forêts.

Il a commencé à pleuvoir un peu. Tout était très sombre.

Je suis arrivée enfin. “Route de la saline,” c’est là.

Une maison inquiétante, dans un renfoncement. Une maison grise comme on les dessine  en une seconde,avec une seule fenêtre au milieu et des volets fermés.

Un portillon blanc. Une pile de parpaings. Un jardin. Un banc et une toile cirée mouillée. Sur la table  deux chiens black and white en plastique et un vrai chat qui se lèche
la patte.

En sonnant je me disais

“Tire la chevillette et la bobinette cherra”. C’est ce que je me disais en sonnant.

J’ai entendu une fenêtre claquer, des miaulements, une voix qui disait “allez les chats “, Une porte s’ouvre . Vous êtes  devant moi.

14 Octobre 2008

Peut être que la première partie n’est pas celle qu’il faudrait.
Essais avec:

Photo E. Demaretz

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